Gonçalo Andrade Liber da Costa contemple la piscine de la villa qu'il habite depuis sa majorité à Saõ Pedro da Areia, 123000habitants, au nord du Brésil. Un cadeau de son père, gouverneur et sénateur à vie quand la loi le permet. Gonçalo n'est pas un cadeau. Il est la honte de la famille. Il n'a jamais été député, ni gouverneur bien qu'on l'appelle Dottor Gonçalo quand il va à la boulangerie; il vient d'échouer aux élections municipales et il a obtenu son diplôme d'ingénieur dans une université financée par les Da Costa. Le patronyme Liber - invention d'un aïeul après la visite de la bibliothèque familiale de 61livres au XVIIIe siècle par un jésuite envoyé de Lisbonne - ne lui fait ni chaud ni froid. Gonçalo préfère regarder le journal télévisé avant la novela de neuf heures du soir. Il s'intéresse à la crise financière parce que son père a placé sa fortune à Miami. C'est à peine s'il entend les cris des manifestants rassemblés devant l'entrée du parc. Elle est loin, l'entrée du parc.

Gonçalo a des ennuis. Il s'en est rendu compte hier en voyant un plan du portail au journal de 20 heures 15. Il est triste. Il a perdu Marika il y a huit jours, Marika sa fillette, avec un k, un nom choisi par Darcilia, son ex-épouse. Gonçalo a dû accepter de laisser partir Darcilia quand elle s'est présentée chez son père avec un coquard impressionnant à l'œil droit et un poignet cassé. Darcilia a reçu une compensation qui ne se refuse pas plus un appartement à Saõ Paulo. Depuis, Marika rend visite une fois par mois à Gonçalo qui va la chercher sans chauffeur à la descente du jet privé. Il la couvre de jouets et se met en colère, car Marika est insupportable. «C'est un terrible accident, un coup du destin», dit-il. Marika est tombée par la fenêtre du deuxième étage malgré le filet de protection. Le commissaire est venu voir Gonçalo chez lui par respect pour son papa. Le juge a prononcé un non-lieu par respect pour son papa. Avec ces manifestants qui ne respectent rien, Gonçalo est inquiet.

«Marika est le trésor de mes yeux», dit-il à la reporter - pas de chance, les femmes sont méfiantes. «Comment expliquez-vous que le filet de protection n'ait pas protégé votre fille», demande la reporter méfiante. «Je ne sais pas, dit Gonçalo, elle avait des ciseaux, je crois qu'elle l'a découpé avec les ciseaux qu'elle avait.» «Des ciseaux, mais comment a-t-elle pu passer par-dessus le rebord, il paraît qu'elle était petite et qu'il lui aurait fallu une chaise, y avait-t-il une chaise dans sa chambre?» «Je ne sais pas, dit Gonçalo, sa nounou ne sait pas non plus» (il dit «babá» parce que nounou se dit «babá» au Brésil). Gonçalo est désolé. Il est même abattu, surtout après les trois comprimés qu'il prend chaque matin, quatre quand Marika était en visite. «Le médecin légiste affirme que votre fille portait des marques de strangulation et aussi des traces de coups», demande la reporter. «Je ne sais pas, dit Gonçalo, je ne comprends pas comment elle a pu se faire ça.» Devant le portail, les manifestants exigent son arrestation. «Mauvais pour la famille, dit le père de Gonçalo, tu pars ce soir à Miami, l'oncle Andrea veillera sur toi, songe au moins à refaire ta vie.» «Je ne sais pas», dit Gonçalo.