Le Brésilien Kakà vient de recevoir le Ballon d'or 2007, le Prix Nobel de football, pour l'ensemble de son œuvre et surtout pour ses prestations au cours de l'année écoulée. Je lis ici et là que Ricardo Izecsson Santos Leite a été surnommé «malencontreusement» Kakà parce que son jeune frère butait dans son enfance sur le «ca» de Ricardo. Je tiens à préciser, au nom de la langue brésilienne, que Kakà s'écrit Cacà comme pour le cinéaste Cacà Diegues dont le prénom est Carlos, et qu'il n'y a là rien de malencontreux de l'autre côté de l'Atlantique. Ce que nous appelons «caca» dans nos contrées se dit «cocó» à Rio de Janeiro comme à Salvador et «pipi» se dit «xixi» ou «chichi», qui signifie «pluie fine» en général, mais ce dont nous parlons quand il s'agit d'enfants en particulier. Il est donc très malencontreux de proférer «Mon coco, ne fait pas de chichis» au Brésil.

Ces précisions n'ont aucun rapport avec le relativisme culturel qui veut que tout soit également son contraire dès qu'on franchit la frontière. Elles sont néanmoins indispensables à la compréhension entre les peuples puisque la méconnaissance des formulations de base dans une culture étrangère peut entraîner de fâcheuses confusions.

Nous avons l'habitude de considérer Hugo Chavez comme un effroyable tyran doté d'un aplomb chromé. Or, c'est le premier chef d'Etat qui a tenté d'introduire un régime dictatorial par la voie démocratique. Un risque mal calculé puisqu'il n'a pas obtenu la majorité. Les commentateurs de chez nous prétendent qu'il a reçu un camouflet, analyse aussi subtile que faire des chichis avec Kakà. D'autant qu'un autre dictateur vient d'obtenir un succès renversant. Il s'agit de Vladimir Poutine, qui s'emploie à introduire un nouveau régime politique par la voie parlementaire avec une majorité taillée sur mesure, c'est-à-dire 65% des suffrages sans compter des soutiens indirects de style soviétique. Nous n'irons pas jusqu'à affirmer que le «maître du Kremlin», surnom déjà utilisé pour Staline et ses successeurs, est un coco déguisé en libéral. Pas plus que nous n'affirmerons que Chavez est un démocrate puisqu'il entend renforcer sa dictature au suffrage universel.

Il est périlleux de donner la parole au peuple sauf dans un nombre de cas limité, nous en faisons parfois l'expérience cruelle. Le Mouvement démocrate, le MoDem de François Bayrou, a élu son président dimanche avec 97% des voix. C'est naturellement François Bayrou. Le résultat provoque les ricanements de ses adversaires. A tort, puisque le corps électoral du MoDem est constitué par les adhérents du MoDem qui n'avaient aucune raison de renier à leur premier congrès ce qu'ils ont accepté en prenant leur carte. C'est une leçon à retenir. Il est commode de savoir ce que les gens vont voter avant d'ouvrir le scrutin et par conséquent de sélectionner à l'avance ceux qui sont d'accord. Mais si l'on ne veut pas que le peuple soit un parti unique, il faut se faire à l'idée qu'il ne prend pas toujours les vessies pour des lanternes, fussent-elles illuminées par un ballon d'or.