«La crise est grotesquement psychologique.» Alain Minc l'a dit sur France Info dans une émission intitulée «Parlons Net». On ne peut être plus net en effet. Alain Minc s'y connaît. Il conseille quelques-uns des plus grands dirigeants d'entreprises françaises. Ses conseils ont porté leurs fruits, chaque jour en apporte témoignage. Depuis quelques semaines les conseillers qui conseillaient comme lui avant la crise ne sont pas avares de conseils sur la manière de la dépasser. Question psychologie, je suis grotesque. Je n'ai confiance en personne. Comme la plupart des habitants de la planète Terre, j'avais des millions à confier. J'ai décidé de les cacher dans les livres de ma bibliothèque qui est déjà très encombrée. J'en ai même mis dans Le Capital de Karl Marx dont je conserve, par nostalgie d'un passé éloigné où le monde me semblait obéir à des lois rationnelles, une édition poussiéreuse qui occupe tout un rayon. Je ne les tirerai de cette cachette qu'à la fin de la tempête.

Comment croire que la confiance va nous sortir de ce mauvais pas. La majorité des traders et les banquiers qui ont coulé le système financier mondial, et la totalité des commentateurs qui criaient leur admiration, n'ont pas quitté leurs fonctions. Pas un seul départ volontaire pour un ermitage, pas un seul suicide à l'horizon bien qu'on nous dise qu'il s'agit de la plus grande crise du capitalisme depuis 1929. J'imagine que la surexcitation est toujours intense dans les salles de marché et que la psychologie y est la même qu'avant l'été. Les dirigeants du G4, du G8, bientôt du G je ne sais quoi, ont beau se réunir et se mettre d'accord, ma psychologie ne sort pas de l'ornière et, bien que je sois sensible à leur bonne volonté, je ne sais pas ce que je peux en faire. Devant leurs airs graves, leurs chiffres qui me dépassent, et leur solennité, je suis conscient du sérieux de la situation et de la nécessité de ramener la confiance et la joie. Je ne veux pas les décevoir.

Par solidarité, j'envisage de voler à leur secours en organisant un concert de casseroles dans ma cuisine pour appeler à la hausse du moral dans les ménages. S'ils convoquent une procession autour des banques centrales, ils peuvent compter sur ma participation. Je suis même prêt à profiter de l'occasion pour éliminer les déchets que je trouverai sur le parcours et pour arrêter de fumer. Si nous étions des millions voire des milliards à adopter une telle attitude, la confiance dans le présent et l'espoir dans l'avenir seraient immédiatement retrouvés. D'y penser, je me sens déjà mieux. Je décide de sortir faire un tour et d'aller boire une coupe de champagne pour fêter mon rétablissement. Dans les couloirs du métro je tombe sur une affiche qui annonce la Journée européenne de la dépression à la date du 11 octobre. Je suis en retard, mais je comprends l'avertissement qui est écrit sous le drapeau bleu à étoiles: «Selon l'OMS, en 2020, la dépression sera la première cause d'invalidité après les maladies cardiovasculaires». En 2020, bon, pour l'espoir dans l'avenir, ça promet. Ma confiance chute d'un seul coup; il ne me reste plus qu'à rentrer chez moi pour la soigner au bouillon de légumes et aux biscottes sans sel, bien assis dans un fauteuil en pleurant devant la télé.