Pourquoi les cellules «tueuses» du système immunitaire des personnes séropositives sont-elles incapables de contrôler le virus du sida? Parce qu'elles n'arrivent pas à maturité. Telle est la conclusion d'une étude d'une équipe de chercheurs du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), qui publie aujourd'hui ses résultats dans la revue britannique Nature.

L'infection par le virus VIH entraîne une réponse immunologique vigoureuse. Le système immunitaire produit non seulement des anticorps, mais aussi des cellules «tueuses» – appelées CD8 – chargées de détruire les globules blancs dans lesquels le virus s'est installé. Mais, malgré cet arsenal défensif, le virus parvient à se répliquer et finit par détruire le système immunitaire. Les cellules «tueuses» ne tuent donc pas.

L'équipe de Giuseppe Pantaleo, médecin-chef de la Division d'immunologie et d'allergie du CHUV, a examiné ces cellules CD8 de plus près. Elle a remarqué que la population de CD8, qui conservent en mémoire la capacité de lutter contre un virus défini, n'est pas homogène. Ils ont bien sûr retrouvé différents CD8 chargés de contrôler différents virus. Mais, et cela, c'est nouveau, ils ont remarqué que les CD8 spécifiques du VIH se présentaient sous divers stades d'évolution. Ils en ont défini quatre, de la cellule naïve encore non spécifique à la cellule «tueuse» totalement efficace.

«Chez les patients séropositifs, la majorité des CD8 spécifiques du VIH est immature, note Giuseppe Pantaleo. Ces cellules, qui ralentissent sans doute la réplication du virus, ne parviennent pas à aller jusqu'au bout de leur mission: tuer la cellule-hôte.» Le chercheur émet l'hypothèse qu'elles sont incapables de fabriquer les protéines cytotoxiques qui, dans un CD8 mûr, sont chargées de «trouer» la membrane de la cellule à tuer. Le nombre total de CD8, un paramètre mesuré en routine chez les patients, ne signifie donc pas grand-chose.

Cette découverte fondamentale sur les mécanismes de la réponse immunitaire permet de comprendre pourquoi les patients au bénéfice d'une trithérapie depuis de longues années rechutent à l'arrêt du traitement, même s'ils possèdent un nombre conséquent de CD8. L'examen attentif de l'état d'évolution de ces cellules pourrait permettre aux médecins de décider si, pour un patient tout récemment infecté, une interruption du traitement est envisageable. Il permettra aussi de tester l'efficacité potentielle d'un candidat vaccin. Une bonne immunisation doit en effet engendrer des cellules tueuses arrivées à maturité.