On entend beaucoup de «roger!», de «you’re looking good». Le son un peu nasillard que les francophones attribuent volontiers à l’anglo-américain se trouve renforcé par le fait qu’il s’agit de transmissions radio de l’époque. Et pourtant, voici une écoute passionnante: sur iTunes, on trouve une anthologie des échanges de communications des missions Apollo. 222 extraits sonores (!) rythmés par les termes techniques et les rapports laconiques. Barbant, et captivant.

Pour remplir ce fichu objectif lancé par JFK – aller sur la Lune en moins de neuf ans – la NASA avait choisi de limiter les commandes manuelles, car la formation des astronautes aurait pris trop de temps. Il a fallu doubler tous les systèmes par prudence. Cette redondance s’illustre notamment par le guidage inertiel. Une centrale inertielle, ou centrale à inertie, est un appareil embarquant des gyroscopes et des capteurs permettant de mesurer la vitesse et la position du véhicule. Le module lunaire combinait ainsi ordinateur et système inertiel, avec une obsession: que chaque composant critique ait sa solution de remplacement, au cas où… Ce qui explique la nécessité de ces dialogues entre le centre de contrôle et le module.

Un joli mot, «inertiel», que le Robert attribue «probablement» à l’anglais, mais qui remonte à l’inertia ­latine. Le détour par l’anglais technique semble ­heureux: s’échappant de la scansion froide du déroulement des opérations, un mot atmosphérique ­apparaît.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.