L'expo du Musée Galliera – le musée de la mode de la ville de Paris – ne dénie pas aux grands couturiers leur génie de la création. Il se penche surtout sur des questions de chimie ou d'informatique, bref, d'innovations scientifiques qui ont trouvé, dans la haute couture et dans le prêt-à-porter, un terreau fertile. En montrant, à travers une sélection de modèles donnés par les créateurs eux-mêmes ou par des particuliers, comment les recherches et les avancées technologiques en matière de tissus ont été intégrées par les couturiers.

Si le polyamide apparaît déjà en 1938, il faudra attendre les années soixante pour le voir débarquer, avec le polyester, dans nos vêtements, notamment par le biais du célèbre K-Way pliable. Le coton, la laine et la soie sont dépassés, voire méprisés: on ne jure plus que par l'acrylique, le nylon et les synthétiques en général. 1968, année de la révolte, est aussi celle de l'apparition du combat pour la protection des animaux. La fourrure essaie alors de se racheter une conduite, et n'hésite pas à copier le faux pour devenir innocente. Ce monde à l'envers est illustré par un manteau de vison Saint-Laurent multicolore, imitant les premiers manteaux acryliques façon «peluche».

Eternel retour aussi d'une mode qui, parfois, se répète en cycles. Ainsi, les bottillons en PVC de Roger Vivier ou les mules de Paco Rabane (1970) qui paraissent sortir tout droit des dernières collections printemps-été. Mais ce retour en arrière réserve aussi des surprises de modernisme, comme l'imperméable Giffo du même Rabane, en chlorure de polyvinyle, moulé d'une seule pièce (1967) ou son ensemble en ouate de 1972. Au début des années 70, Beaubourg se montre novateur en montrant, à l'extérieur du bâtiment, ses structures tubulaires. La mode, elle, parcourt 1974 en révélant ses coutures qui se font apparentes.

Autre découverte vite adoptée, la microfibre révolutionne le vêtement dès 1988. On pousse plus loin l'artifice, et le vêtement respire enfin après l'ère du synthétique. On parle de fibres creuses, de poches d'air dans les semelles des baskets, de microcapsules à changement de phases (Damart), des tissus capables de réchauffer sans source d'énergie extérieure (1998). La lingerie devient cosmétique, en permettant de bronzer, de mouler ou de rehausser le corps qui la porte. Aujourd'hui, on sait que l'épopée du vêtement ne fait que commencer.

Bientôt, l'électronique envahira notre vie quotidienne jusqu'au plus petit ourlet de minijupe. Le textile aura succombé au Net, truffé qu'il sera peut-être de micro-ordinateurs, de caméras, de téléphones. On nous promet qu'on pourra, dès son pull-over enfilé, communiquer avec son fiancé à l'autre bout du monde, ouvrir ou fermer les portes de l'appartement, vivre à température constante ou modifier la couleur de son habit en fonction de la lumière.

Le parcours de l'exposition hésite entre science-fiction et objets familiers, comme une sorte d'archéologie du futur. Comme cette robe rouillée de Hussein Chalayan (1995), en simple tissu brodé de limaille de fer, que le créateur a enterrée pendant des semaines avant de la ressusciter avec ses couleurs d'oxydation aléatoires, une œuvre en perpétuelle mutation.

«Mutations/mode», Musée Galliera, 10, av. Pierre Ier-de-Serbie, 75116 Paris. Tél. (0033) 1 47 20 85 23. Du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h.