Si les réseaux sociaux avaient une mémoire, son nom y resterait gravé: Essena O’Neill. Lundi 2 novembre – il y a des années-lumière dans l’espace-temps de nos existences digitales – la blogueuse mode australienne de 18 ans faisait ses adieux à la scène online en postant une ultime vidéo.

Dans un (trop) long monologue de 17 minutes et 40 secondes, elle raconte son calvaire de pauvre petite fille soumise à la dictature des «likes» et des «vues». Voix chevrotante, l’œil mouillé et gestuelle 2.0, elle renonce à la vacuité de sa célébrité faite de stats et le vacarme des commentaires aussitôt oubliés de ses 700 000 followers sur Instagram. En gros, beaucoup de bruit pour rien. Surtout, un raz-de-marée médiatique assuré pour ce moment de «vérité» qui n’a pas tardé à faire le tour du monde. Suivi, comme il se doit, de la théorie du hoax.

Alors, vrai burn-out digital ou diabolique opération rondement menée par une experte en communication? Ce qui est sûr, c’est que ceux qui n’avaient jamais entendu parler d’elle la connaissent maintenant. Entre-temps, celle qui a renommé son compte «Les réseaux sociaux, ce n’est pas la vraie vie», a ouvert son nouveau site internet, Let’s Be Game Changers, soit «soyons les acteurs du changement».

Une vie au-delà de l’écran

La résonance sans précédent de cette confession du vide n’a pas tardé à faire des émules. Mercredi 4 novembre, la blogueuse Eileen Kelly ouvrait son cœur au magazine W pour expliquer les pièges de la célébrité sur les réseaux sociaux. En seulement une année, la jeune New-Yorkaise est passée de 6000 followers à 130 000 sur son compte Instagram @KillerandaSweetThang. Derrière ce slogan frappeur, «C’est une douce tueuse», se cache un profil truffé de poses lascives en bikini sur la plage et d’instants volés de ses sorties nocturnes avec ses copines, le tout savamment panaché dans un patchwork d’images toujours aux limites du trash.

Tout a commencé sur Tumblr, où elle divulguait à 15 ans des conseils et partageait ses expériences avec ses petits copains, les ruptures, le sexe, la drogue, tous les sujets desquels on ne parle pas avec ses parents à l’adolescence.

Naïve, elle se livrait ouvertement sur internet, sans mesurer la violence du retour de bâton, qui a fini par arriver en février 2015, avec des commentaires diffamatoires sur ses photos Instagram. Elle a fermé son compte, mais ses détracteurs en ont ouvert un autre aussitôt. Harcelée, elle a fini par alerter la police pour découvrir que la malveillante n’était autre qu’une jeune fille à qui elle avait donné des conseils sur Tumblr.

Ayant retenu la leçon, elle a atteint à 20 ans l’âge de la sagesse des réseaux sociaux: «Avant je me souciais des filtres et des poses sexy. Maintenant je poste ce que je veux, dit-elle. Je me fous des «likes» et je suis consciente qu’on ne connaît pas le background des internautes. Je sais que je suis très suivie et c’est très facile de poster un selfie sexy, mais je suis plus qu’une photo. Il y a des choses bien plus importantes qui se passent ailleurs que sur mon écran de téléphone». Amen, est-on presque tenté de répondre.

1,3 millions d’abonnés en rade

Toujours mercredi 4 novembre, le profil Socality Barbie – cette célèbre parodie des codes hipsters sous les traits de la poupée mannequin en plastique – annonçait qu’il fermait définitivement son compte Instagram après 22 semaines d’existence.

Sa créatrice Darby Cisneros, une jeune photographe de Portland restée farouchement cloîtrée dans l’ombre de sa créature pour ne pas brouiller les pistes jusqu’à l’annonce de ce jour, dévoilait son visage sur cet ultime cliché.

Elle commentait qu’elle avait simplement fait le tour de la question en remerciant les followers d’avoir été si nombreux à suivre les aventures de cette Barbie à l’ego bien trempé, laissant derrière elle quelque 1,3 millions d’abonnés en rade. Que ces derniers se consolent: sur Instagram plus qu’ailleurs, le proverbe «un de perdu, dix de retrouvés» prend tout son sens.