Il ne manque que le dessin rituel de notre ami Chappatte. Dans sa version «verte» et futuriste publiée jeudi à Bruxelles par Greenpeace, l’International Herald Tribune est fidèle à lui-même: rigoureux, réactif et mondial. Sauf que le numéro en question, fort de huit pages, est antidaté. Son jour de parution affiché à la «Une» est le 19 décembre 2009. Soit le lendemain de l’accord historique que Greenpeace et toutes les ONG environnementales espèrent fermement obtenir des grands de ce monde pour lutter contre le réchauffement climatique et succéder à l’actuel protocole de Kyoto.

L’idée est originale. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas une parodie de journal, mais un faux-vrai «Herald Tribune» que Greenpeace a distribué jeudi aux dirigeants européens réunis à Bruxelles pour leur sommet de printemps. Même la photo de «Une» qui montre Nicolas Sarkozy, José-Manuel Barroso et Angela Merkel tout sourire est vraie. Sauf qu’elle a été prise lors d’un précédent sommet de l’UE. Et que la présence à Copenhague, en décembre prochain, de M. Barroso reste soumise à une inconnue de taille: sa reconduction par les Vingt-sept, en butte à des pressions d’une partie du parlement européen pour attendre l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Le contenu du journal, lui, dit l’avenir tel que le voit Greenpeace: «Les marchés s’envolent à l’annonce d’un accord sur le climat» détaille l’un des principaux articles, tandis qu’en pied de page, un autre sujet fait annoncer au président français «Le nucléaire est mort». Même Silvio Berlusconi est à l’honneur, crédité par ce vrai-faux quotidien d’un tournant écologique radical et d’un «accueil digne d’un héros» lors de son retour à Rome. Au point d’être conduit d’urgence à l’hôpital pour… inhalation de confettis!

«La planète a su prendre le virage à temps» se réjouit l’éditorial en énumérant les concessions offertes par la Chine, les Etats-Unis et l’Inde pour préserver l’avenir des générations futures. Seule anomalie: l’interview fictive du président Tchèque Vaclav Klaus, détracteur forcené du réchauffement de la planète. «Je suis toujours président» commence-t-il par répondre malgré son échec patent. Un échec accompagné d’une bévue photographique amusante pour les familiers du Forum économique mondial (WEF) de Davos. La photo censée représenter Vaclav Klaus est en effet celle… du professeur Genevois Klaus Schwab, le fondateur du WEF. Une erreur due, bien sûr, à l’enthousiasme ambiant.