Ils forment une galaxie de contributeurs externes. Les blogueurs du Temps apportent leur expertise, leur regard sur l’actualité et une prose soignée, parfois poétique. Leurs contributions génèrent une discussion nourrie avec les internautes. «Je m’intéresse à l’espace depuis ma tendre enfance.» Sur son blog, hébergé par le journal, Pierre Brisson partage ses réflexions et connaissances sur l’exploration spatiale. Le président de la Mars Society Switzerland propose une publication par semaine. Un exercice exigeant, mais dont il ne se lasse pas. «J’en suis le premier étonné. De fil en aiguille, j’ai toujours eu quelque chose à raconter d’intéressant, autant pour moi que pour les lecteurs», confie-t-il au téléphone. Son activité attire l’œil de nombreux internautes, il fait partie des contributeurs les plus lus sur la plateforme ouverte par notre rédaction.

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Un succès qui s’accompagne d’un lot de commentaires plus ou moins agréables. Lorsqu’on aborde cette dimension, ce «planétologue depuis toujours» présente trois catégories de commentateurs: les pointilleux à l’affût de la moindre imprécision, les romantiques fascinés par cet environnement lointain et mystérieux qu’est l’espace et, enfin, les râleurs. «Il existe des détracteurs dans le domaine de l’ingénierie spatiale qui ne croient pas en la possibilité d’envoyer des humains sur Mars.» Un scepticisme qui le chagrine. «Tout un pan de la population souhaite la décroissance et n’est plus ouvert au progrès technique.» Cette capacité à innover, à se projeter dans l’avenir, le fascine toujours.

Regard de spécialistes

Pierre Brisson fait appel à des scientifiques pour affiner sa compréhension du sujet auquel il s’attaque. «Des spécialistes ont bien voulu revoir ma copie. Dans ce domaine, les gens font preuve de gentillesse et de coopération. C’est une grande satisfaction», se réjouit-il. Dans sa carrière de blogueur, il a essuyé un seul refus: un Anglo-Saxon qui ne souhaitait pas s’attarder sur sa publication rédigée en français.

La sensibilité varie d’un contributeur à un autre. L’angle d’attaque également. Avec «Naufrage», nom de son blog, Aude Bertoli s’intéresse aux aspects dramatiques de l’existence. «Je me base sur un événement personnel et que je souhaite partager avec d’autres. Il m’est par exemple arrivé de raconter mon expérience de psychologue en prison», précise la Genevoise qui a participé en 2018 à notre bourse pour encourager les enquêtes journalistiques. Sa dernière publication porte sur nos habitudes chamboulées par la propagation du Covid-19. «Il n’y a plus tellement de place pour une autre thématique», regrette-t-elle. Fraîchement publié, le texte n’a pas encore suscité de commentaires.

Avis divergents

La blogueuse porte une grande attention aux messages postés. «J’essaie de répondre à tous les commentaires, même quand ils sont négatifs. Un article a engendré des réactions compliquées, celui sur la difficulté de concilier intimité et convictions féministes. Quelques internautes ont publié des commentaires agressifs. Une personne est allée jusqu’à m’écrire en privé pour me faire part de son désaccord. Je l’ai invitée à partager son opinion sur le blog pour lui répondre, ce qu’elle a accepté de faire. J’ai essayé de comprendre pourquoi elle avait un avis divergent», raconte-t-elle. Diplomatique.

Il n’est pas toujours évident de garder son calme. Thomas Noyer en sait quelque chose. Ce blogueur, qui veut démystifier son métier de psychothérapeute, a subi une attaque virulente. «Mes collègues ont eu peur pour moi. C’était très délicat.» La tension a fini par retomber. L’internaute lui reprochait de partager des bribes d’entretiens avec ses patients. Et la confidentialité, qu’en fait-il? Les témoignages sont bien évidemment anonymisés et Thomas Noyer prévient la personne concernée au moment de la publication, sans que cela déclenche gêne ou désapprobation. De manière générale, les échanges en ligne se révèlent constructifs. «Vous inventez la blogothérapie commune et gratuite», a un jour salué un internaute. Une formule qui amuse le spécialiste neuchâtelois. Signe que l’ouverture des commentaires peut également être l’occasion de former une communauté bienveillante et exigeante.

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