«Je me trouve laide à faire peur sur les Polaroïd. Mais c'est le but!» Il faut attendre la fin du livre La petite fille qui ne voulait pas grossir, pour qu'Isabelle Caro parle de sa séance de photos avec Oliviero Toscani pour la campagne d'affichage contre l'anorexie, contestée comme il se doit.

En trois cents pages, de qualité inégale, la jeune femme raconte son parcours. Encore un livre sur l'anorexie, dira-t-on. Oui, encore un. Celui-là démarre plutôt mal, avec une écriture maladroite. Les premiers chapitres sont carrément mauvais mais, au fil de l'écriture, la plume s'assouplit, l'on se dit que ces mots pourraient bien toucher une personne souffrant de cette maladie, en particulier une adolescente. Et c'est bien ce qu'espère Isabelle Caro, jeune comédienne au corps déglingué par la malnutrition.

Maladresses

L'histoire est affligeante: une mère néo-hippie qui n'accepte pas de voir grandir sa fille, née de ses amours extraconjugaux avec le chanteur Bobby Hawk. Isabelle est cloîtrée à la maison, habillée de vêtements et de chaussures trop petits. Elle finit par ne plus manger pour rester enfant. Le lecteur peine à entrer dans cette histoire, si invraisemblable et terne à la fois. Maladresse de l'écrivain, certainement, mais pudeur aussi qui recouvre d'un voile gris ces années de cendre. Probablement aussi pour protéger sa mère. Et c'est sans doute une des raisons pour lesquelles les personnages, longtemps, n'arrivent pas à prendre vie. A l'image d'Isabelle elle-même qui est maintenue dans des limbes improbables par une mère hautement toxique.

Le récit ne prend d'ailleurs son rythme qu'au moment où Isabelle Caro essaie d'échapper à l'emprise de sa mère. Une femme assez dérangée pour manger les plateaux-repas de sa fille, moins de 30 kilos, hospitalisée en raison de son anorexie. Une mère qui maintiendra sa fille recluse jusqu'à l'âge de 15 ans - institutrice, elle lui a fait suivre le programme scolaire à la maison. Une mère qui pourrait être décrite comme un monstre et qui est dépeinte, souvent, avec tendresse.

Et puis il y a les photos réunies au milieu de l'ouvrage. Terribles, commentées par l'auteur: «Cette image est très dure, je le sais. 25kilos, le poids plume d'un drame profond.» La réalité s'impose crûment. Il faut s'y reprendre à plusieurs fois pour les regarder.

Et malgré tout cette jeune femme si mal dans sa peau, cette brindille prête à s'envoler au moindre souffle, fait preuve d'une force vitale hors du commun. Et c'est en cela que son témoignage finit par toucher. Et aussi parce que jamais elle ne se pose en victime. Elle constate, raconte, sans hargne et sans colère, juste avec l'envie de s'en sortir. Elle refuse par contre l'accusation de jouer de sa maladie pour atteindre la notoriété: «C'est ignorer les souffrances que j'endure. Souffrances physiques d'un corps prématurément vieilli [...], souffrances morales de devoir constamment lutter pour empêcher la partie malade de mon être de me tuer.»

La petite fille qui ne voulait pas grossir, Flammarion, 2008.