SCIENCE

ITER, le soleil reconstitué à Cadarache

La décision est enfin tombée: le réacteur expérimental de fusion thermonucléaire ITER sera construit en France, dans les Bouches-du-Rhône, et non au Japon. Un projet de recherche à 10 milliards d'euros sur 30 ans.

C'est fait. Après une année et demie d'âpres négociations, la France accueillera le futur réacteur expérimental de fusion thermonucléaire ITER. Les six pays partenaires du projet ont signé mardi à Moscou une déclaration indiquant que ces installations seront construites à Cadarache, non loin de Marseille, dans les Bouches-du-Rhône. «Une page de l'histoire de la coopération scientifique internationale a été écrite», a déclaré Janez Potocnik, le commissaire européen à la Science et à la Recherche.

L'idée d'ITER été lancée en 1985 par les présidents Mitterrand, Reagan et Gorbatchev. Evaluée à 10 milliards d'euros sur trente ans, cette entreprise pharaonique ne vise rien de moins que reproduire sur la Terre les mécanismes qui font «vivre» le Soleil, dans le but d'étudier la production d'une énergie propre et sûre. Le projet était au point mort depuis fin 2003, faute d'un consensus sur le lieu de construction. La Chine et la Russie défendaient la candidature européenne de Cadarache, les Etats-Unis et la Corée du Sud celle du site japonais de Rokkasho-Mura. En novembre dernier, l'Union européenne et ses partenaires avaient alors menacé de se lancer seuls si aucune solution n'était trouvée d'ici à juillet 2005.

L'accord obtenu hier est le fruit de tractations sur les rôles respectifs des pays «hôtes» et «non hôtes». Pour la région des Bouches-du-Rhône d'abord, mais aussi toute l'Europe, les retombées économiques et industrielles seront très importantes. ITER permettra la création de plusieurs milliers d'emplois et garantira des contrats aux entreprise européennes, et suisses. Partenaire hôte, l'Europe devra assurer 50% des coûts de construction, estimés à 4,2 milliards d'euros. Les autres pays y contribueront à hauteur de 10%.

Avant de céder, Tokyo a négocié d'importantes compensations. La direction générale du projet doit lui revenir. Outre un centre d'essai des matériaux, le Japon a aussi obtenu 20% des postes en personnel – deux fois plus que prévu – ainsi qu'un programme de recherche, financé pour moitié par l'UE.

De tous côtés, on se félicite que le site français ait été choisi, notamment à cause de l'attrait que suscitera la Provence auprès de scientifiques. «Nous sommes très contents qu'une décision ait été prise, qui plus est favorable à l'Europe», se réjouit Minh Quang Tran. Directeur de l'EFDA, l'organe chapeautant les recherches sur la fusion en Europe, ce scientifique est aussi professeur au centre de physique des plasmas de l'EPFL: «La proximité d'ITER renforcera le rôle de notre centre. J'espère aussi qu'il créera, auprès des jeunes, un regain d'intérêt pour la physique et les questions énergétiques.» Concernant les programmes sur la fusion en Europe, «la Suisse va probablement augmenter sa participation financière», indique Paul Zinsli, suppléant du Secrétaire d'Etat à l'éducation et la recherche.

ITER n'a pourtant pas que des partisans. Ainsi, Greenpeace pointe du doigt l'utilisation d'«importantes quantités de tritium radioactifs, des éléments déjà présents dans les rejets des réacteurs actuels», tandis que l'association Sortir du nucléaire qualifie le projet de «gouffre financier». De plus, Cadarache est située dans une région à risque sismique.

Le site choisi, les travaux de construction devraient commencer d'ici à la fin de l'année, pour s'achever en 2015.

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