– Sur un bateau pour aller où?

– A Mykonos. De là, j’embarque pour l’île de Délos où l’on ne peut pas séjourner et pour laquelle le bateau est nécessaire. C’est l’île inhabitée sur laquelle les Grecs avaient prohibé toute naissance et toute mort.

– Et sur un pédalo, avec qui?

– Jamais et avec personne. Cette embarcation est ridiculement instable.

– Votre spécialité à la piscine?

– 300 mètres de brasse coulée. Je peux nager davantage, mais je m’ennuie au point de couler par distraction.

– Vos premières larmes par amour?

– Je n’ai jamais pleuré par amour, car je suis heureux dans ce domaine.

– Combien de bains par semaine?

– Un par jour. Ce n’est pas du gaspillage, j’utilise très peu d’eau, juste le fond de la baignoire.

– Votre plus belle odyssée?

– Une croisière chantante, avec un chœur dirigé par René Falquet. Nous nous sommes arrêtés à Athènes, à Venise pour chanter le Requiem de Fauré. Je ne faisais pas partie du chœur car je chante faux au point d’avoir été exclu de toute formation malgré mon vif désir.

– Et votre pire costume de bain?

– Ciel! J’en ai encore deux ou trois devenus trop petits car j’ai grossi.

– Vous transpirez?

– Peu. Comme j’ai vécu en Afrique, j’ai appris à éviter les situations qui font transpirer, exposition au soleil, activité physique démesurée.

– A quoi servent les douches froides?

– A endurcir le corps des Anglais dans les public schools. Avec le résultat que l’on sait: un peuple capable de surmonter toutes ses appréhensions et méprisant à l’égard de ceux qui n’ont pas atteint ce degré de maîtrise. Je suis fier d’être douillet.

– Votre plus grand plongeon?

– Je ne plonge jamais. Je n’ai aucun courage physique. J’emprunte donc l’échelle. Je ne vois pas l’intérêt de plonger.

– Une saison en eaux troubles…

– Il m’arrive de perdre pied dans mes moments de faiblesse, de douter de moi. Cela ne dure jamais très longtemps. Cela ne m’arrive presque plus jamais.

– Henniez bleue ou Henniez verte?

– Jamais! Jamais d’eau en bouteille parce qu’elle est polluée. L’eau du robinet ne doit pas dépasser les 300 germes au millilitre. Pas l’eau en bouteille qui peut en contenir jusqu’à 400 000.

– La partie de votre corps que vous lavez en premier le matin?

– La décence interdit de la nommer dans un journal de haute tenue intellectuelle.

– Quel goût a l’eau bénite?

– Elle n’est pas faite pour être bue. Je n’en ai donc jamais bu, je n’en ai d’ailleurs pas l’usage pour me signer. C’est proche de la superstition. Ma pratique religieuse ne l’exclut pas mais n’y est pas attachée.

– L’eau est-elle l’or bleu de demain?

– Juste. A ce titre, elle va créer de gros problèmes. A ceux qui en manqueront. Et à nous qui devrons accueillir les réfugiés de l’eau.

– Pour qui était votre dernier mollard?

– J’ai craché sur le sol de la République démocratique du Congo les trois fois qu’on m’en a refoulé, en 1960, 1961 et 1962. La maltraitance à l’égard d’un enseignant justifie ce geste spectaculaire.

– Quelle boisson pour accompagner votre dernier repas?

– Un Pinot Noir de Daniel Magliocco de Saint-Pierre-de-Clages. Il sera servi à mon enterrement, mon entourage y veillera.

– Tant va la cruche à l’eau… Quelle est la suite?

– … qu’à la fin elle se casse. J’hésite entre un proverbe et la morale d’une fable de La Fontaine.

Professeur honoraire EPFL, conseiller national vaudois PDC. Dernier ouvrage paru: «Les scandales de l’eau en bouteille» (Favre)