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A son départ de la place Vendôme, mercredi.
© DOMINIQUE FAGET

Sur les réseaux

Comment j'ai (presque) perdu des amis à cause de Christiane Taubira

Déchaînement de commentaires sur la démission de la ministre française: une expérience vécue

Mme Taubira, je ne vous dis pas merci. Votre démission flamboyante du Ministère de la justice français, mercredi, a semé la zizanie chez mes amis. Et ma page Facebook, une page fermée, qui d'habitude héberge une majorité d'avis éclairés et de contributions intrigantes, s'est d'un coup transformée en champ de bataille et concours d'insultes. Le temps d'une journée, la modération s'en est allée, et j'ai découvert des passions silencieuses et des animosités insoupçonnées. De quoi êtes vous le nom, Mme Taubira?

Cachez cette publication que je ne saurais voir. Devant la violence de certains messages, j'aurais pu choisir de «masquer les publications», comme un ministre italien dissimule des statues dénudées devant le président iranien: tout le monde sait très bien qu'elles sont là, mais l'honneur est sauf. J'aurais pu faire disparaître les statuts trop violents, et rester sur mon impression d'être à la tête d'une petite entreprise de commentateurs de bonne compagnie, étayant leurs propos, mesurant leurs critiques. Mais j'ai résisté. Comment prôner la diversité des opinions et la démocratie si sur une page virtuelle je ne peux pas accueillir la contradiction? Et j'ai donc affronté mes amis.

Langage nauséabond

Ma statue toute nue à moi, c'est cet ancien collègue qui s'écrie «Bon débarras!» avec des émoticônes hilares à peine la nouvelle tombée. Rien de violent – sauf qu'immédiatement je découvre qu'une dizaine de ses amis abondent dans son sens, dans un langage bien plus fleuri – et plus nauséabond. Mon Dieu, pourvu que leurs commentaires ne soient pas accessibles à mes vrais amis à moi... «Elle s'en va, elle s'en va» chante le capitaine Haddock en parlant de la Castafiore, une case publiée pour l'occasion.

Au fil de la journée apparaissent des extraits de discours de Christiane Taubira: «Sauf en cas de crimes, plus un mineur n'ira en prison» – une citation suivie de moult points d'exclamation. «Idéologue, dogmatique, se complaisant dans les grands discours mais loin de la réalité, laxiste, obsédée par le mariage gay mais incapable de prendre la mesure des dangers qui guettent la France terrorisée par les terroristes»: Christiane Taubira personnifie pour cette frange d'amis que je redécouvre l'inefficacité faite femme ministre, le bulldozer partisan, le mal absolu. 

«La plus grande dame de France»

Mais mon mur accueille aussi des commentaires bien plus élogieux voire lyriques. «Respect. Sans vous, c'est la mort de la gauche au gouvernement. Vous avez modernisé la France en imposant le mariage pour tous. Vous avez imposé la reconnaissance de l'esclavage comme crime contre l'humanité. Au revoir Madame, vous êtes la plus grande dame de France». Et de renvoyer vers ses discours, ses poèmes. «C'était la ministre la plus cultivée du gouvernement», écrit cette vieille amie. Sans qu'on sache si c'est un gage de succès pour la politique et pour les Français. Tous ces amis sont tristes et soulagés de son départ – enfin un peu de cohérence, disent-ils. Sa position était intenable.

L'exposition de soi est constitutive de Facebook, et pouvoir y construire un double idéalisé tout en donnant son avis sur tout est une des grandes séductions du réseau. Pour autant la présence en ligne de collègues, anciens ou potentiels, et la publication toujours à craindre de propos qui se voulaient privés restreignent considérablement la liberté de ton, puisque tout ce qui se dit peut être scruté et analysé. Le cas Taubira marque justement une exception, il semble que l'autocensure ait été moins prégnante, et que les langues se soient déliées (surtout les mauvaises). La ministre était clivante, dit-on: une réalité qui pénètre les murs les plus fermés.

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