«OK pour moi; je vous préviens, genre «gripette» de saison, sans entraînement depuis deux semaines, manque de sommeil… Mais bon, à la guerre comme à la guerre.» En confirmant le rendez-vous sur le parking du cycle d’orientation de la Seymaz à Chêne-Bourg, Martina Chyba, productrice et animatrice à la RTS, affiche humour et abnégation. Le parcours choisi pour ce jogging en compagnie du Temps? Une grande partie de sa sortie dominicale. Une fois traversé ce qu’elle appelle «le triangle d’or» (hôpital psychiatrique, hôpital gériatrique de Belle-Idée et prison de Champ-Dollon), la route file vers Choulex, Lullier, Jussy.

«J’aime courir seule deux heures durant. Je cours sans musique, hors du tumulte et des occupations ha­bituelles. J’aime ce moment de vide dans la tête. Je suis dans un métier plutôt créatif où il faut trouver des idées. Et, en courant, cela me vient assez facilement. Parfois, il m’arrive d’écrire des chroniques entières dans ma tête… Courir organise la pensée. Je ne suis pas croyante, je ne prie pas, je n’ai pas ce type de vie spirituelle, mais la course est pour moi un moyen d’être en contact avec la terre, avec le ciel, la nature, la vie.»

Retour sur les débuts. L’excellente ex-joueuse de tennis a arrêté la balle jaune à 22-23 ans. Elle n’a plus rejoué depuis. A l’époque, elle a fait un ou deux Morat-Fribourg ou la course de l’Escalade. «J’ai donc connu vingt ans sans sport, à part avoir fait deux enfants, ce qui est aussi assez sportif… A la quarantaine, les médecins ont détecté de l’arthrose précoce. J’ai de gros problèmes de genou, de tendons. J’ai pris des anti-inflammatoires pendant quelque temps et, un jour, j’ai tout jeté en disant: cela suffit! J’aimais courir, j’ai donc repris.» Ainsi, Martina Chyba court régulièrement, trois fois par semaine, le midi souvent, avec sa collègue et amie Audrey Sommer, et le week-end. «Je ne sais jamais si je vais finir ma sortie. Je prends toujours avec moi mon téléphone et un peu d’argent pour le bus, au cas où…» Douleurs ou pas, Martina Chyba s’est rapidement fixé pour objectif de faire un jour un marathon. Mission accomplie à Genève 2011 (4h19) et à Paris en avril 2013 (4h21). Courir, c’est vivre, pourrait dire Martina Chyba. «J’aime sentir les pieds qui martèlent le sol, la tête qui part ailleurs. J’aime l’effort accompli, les courbatures d’après-course.»

Ce mercredi aux airs de dimanche, le ciel est magnifiquement bleu avec quelques cumulus. La bise qui souffle accentue la difficulté de cette petite côte qui monte là-haut, au-dessus de Jussy. Flash-back sur un souvenir lumineux: «C’était au marathon de Genève. On est ici au kilomètre 17-18. Là, je vois un concurrent japonais marcher devant moi. Par comparaison, je me satisfais de mon état de forme: je cours encore… Au carrefour de trois-quatre routes, j’avais rendez-vous avec mon mari. Il était là seul, au pied d’une demi-douzaine d’arbres, dans une belle lumière. Arrivée vers lui, j’ai eu la quasi-certitude que j’irais jusqu’au bout des 42 kilomètres, quitte à finir sur les coudes… Souvent, je reviens ici. Je m’arrête sur l’un de ces bancs et je savoure l’instant, avant la descente.»

Même si le genou commence à criailler, Martina a mis le cap sur Les Mévaux puis Petit-Lullier et, bientôt, le chemin qui traverse le marais de Sionnet, un espace fascinant entre canards et oiseaux d’eau, qui borde la Seimaz. C’est aussi cela la course à pied: un décor de carte postale devant les yeux et, simultanément, une douleur intérieure qui croît, hectomètre après hectomètre. A la guerre comme à la guerre, elle endure. Retour à travers «le triangle d’or». Et plus de 16 kilomètres au compteur. Monstre volonté. La prochaine compétition? «Je suis inscrite pour les 15 kilomètres d’Istanbul le 17 novembre. Ensuite, avec mon amie Audrey, nous envisageons de participer en février 2014 à une course trail caritative au Kenya: par étapes de 10 ou 20 kilomètres par jour sur cinq jours.»

«Je prends toujours avec moi mon téléphone et un peu d’argent pour le bus, au cas où…»