Entre les mains des guérisseurs (1/4)

Pour Jean Groux, aller au contact, c’est le plus important

Ce rebouteux, masseur et aromathérapeute de Moudon s’est découvert sur le tard. L’air de rien, le mystérieux affleure dans sa pratique

C’est à Moudon (VD) que Jean Groux m’accueille dans son cabinet, à quelques pas de la Broye. L’œil est vif et bleu, la poignée de main franche. Une pièce toute simple: une table de massage, une cloison, un bureau. Derrière celui-ci, une armoire vitrée est remplie de petites fioles soigneusement rangées et étiquetées. D’un geste, le sexagénaire indique un fauteuil. Pour une première visite chez un rebouteux, tout cela ressemble furieusement à une consultation chez n’importe quel spécialiste. Sur le mur qui jouxte le bureau, divers diplômes encadrés.

«La plupart du temps, rien qu’en regardant une personne allongée sur ma table je peux dire ou elle a mal.» A l’évidence. Alors que, peu rompu à l’exercice, je tente d’expliquer la gêne ressentie au niveau de mon omoplate, me voilà en l’espace d’une minute sans chemise et couché sur le ventre. Les endroits autour desquels la douleur semblait se cramponner sont prestement repérés. En quelques gestes rapides et assurés, voici mon dos remis en place par le rebouteux, non sans que ses mains ne m’arrachent au passage un ou deux soupirs de douleur. «Le reboutage, c’est quelque chose qu’il faut avoir dans les mains», répète plusieurs fois celui qui s’y est pourtant mis sur le tard, la cinquantaine passée.

Une «énorme facilité»

C’est en s’inscrivant dans une école de massage, au début des années 2000, que Jean Groux remarque immédiatement qu’il jouit d’une «énorme facilité». Il ne lui en faut pas plus pour se découvrir une vocation. Cet homme trapu aux cheveux blancs s’exprime en phrases courtes, l’air d’enchaîner les évidences. «Le massage c’est la base, c’est de là que tout part.» Très vite, il décide de s’installer. D’abord dans le village de Saint-Cierges (VD), avant de venir à Moudon quelques années plus tard. «Ça a fonctionné assez rapidement, confie-t-il, de toute façon dans ce métier, il faut être bon pour que ça marche.» De là à laisser entendre que son secteur d’activité est aussi occupé par un certain nombre d’incompétents voire de charlatans, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi.

Dans tous les cas, sa clientèle elle, lui est fidèle, «c’est vrai qu’il peut être un peu brusque au début, déclare un client qui a essayé beaucoup de rebouteux et fréquente le cabinet depuis quelques années, mais on sent qu’il détecte tout de suite où est le problème. C’est parfois douloureux au début, mais ça va rapidement mieux». «Je leur fais mal, et pourtant ils reviennent», fait mine de s’étonner Jean Groux, goguenard.

Un don se travaille

Toujours allongé sur la table, j’apprends que ma jambe droite est plus courte que la gauche. Jean Groux explique qu’il donne aussi des cours de reboutage, avec plus ou moins de succès, «c’est comme le chant, tout le monde peut essayer, mais ceux qui n’ont pas l’oreille ni le son n’y arriveront jamais». En revanche, il est évident qu’un don se travaille, et que la pratique permet d’affiner son savoir-faire.

Souvent, cette faculté de «sentir les énergies» est dite héréditaire; il n’est pas rare de voir des lignées de guérisseurs se transmettre leurs facultés de génération en génération. Jean Groux, lui, s’est fait tout seul. «Je ne sais pas d’où cela me vient», résume-t-il dans un sourire. Aujourd’hui retraité, il sait se ménager des moments de répit et avoue ne pas vouloir travailler à la chaîne.

Magnétiseur, aussi

De retour à son bureau, l’ancien horticulteur explique, soudain sérieux: «La chose la plus importante, c’est le contact. Parfois les gens qui viennent n’osent pas trop se confier et puis on discute et je vois ce que je peux faire.» Jean Groux se retourne vers l’étagère derrière lui, dont les rayons sont remplis de bouteilles d’huiles essentielles. Car si tout commence par le massage, sa pratique s’étend bien au-delà. Il a notamment suivi une formation d’aromathérapie, et se propose de soigner des maux aussi divers que des rhumatismes, inflammations ou coups de stress. «Evidemment, si je vois qu’une personne souffre de quelque chose qui n’est pas de mon domaine, je l’envoie chez un médecin.»

Toujours à la recherche de nouveaux moyens d’utiliser sa sensibilité, Jean Groux a également suivi une formation de magnétiseur: «Je travaille au pendule, et aussi beaucoup avec les chakras.» Mais il insiste, ce sont ses mains qui soignent: «J’arrive à détecter la lésion et à la soigner en les posant sur la zone.»

Trop cartésiens s’abstenir

Au détour de la conversation, le masseur et rebouteux, et désormais aussi aromathérapeute et magnétiseur, mentionne le secret, comme s’il abordait un détail en passant. «C’est vrai qu’on m’appelle aussi pour soulager des brûlures à distance, depuis le CHUV, ou parfois même depuis le Maroc.»

Une pratique aussi protéiforme, de surcroît teintée de mystère, semble destinée à perdre les esprits trop cartésiens. Pour ma part, je m’en tiendrai au reboutage, rassuré sans doute par son caractère mécanique. De toute façon, pour Jean Groux, «dans les thérapies que je propose, tout est lié. Et le principal, c’est le résultat, pouvoir aider les gens». A chacun d’y trouver ou non son compte.


PROFIL

1950: Naissance à Saint-Cierges dans le canton de Vaud


2004: Suit une école de massage et se découvre une «enorme facilité». Il décide ensuite de commencer à partiquer le reboutage à Saint-Cieges.


2012: Etablit son cabinet à Moudon.

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