Figure marquante de l'enseignement de la littérature française à l'Université de Lausanne, Jean-Luc Seylaz est mort la semaine dernière dans sa 86e année. Professeur à la Faculté des lettres de 1969 à sa retraite en 1987, il laisse le souvenir d'une très forte personnalité, dotée d'une grande prestance intellectuelle et de beaucoup de rigueur mêlée à autant d'enthousiasme.

«Je l'ai connu jeune étudiant. Ce qui nous frappait chez lui, c'était une intelligence lumineuse et une passion contagieuse. Il m'impressionnait», confie l'écrivain et poète vaudois François Debluë, qui devait le retrouver plus tard au sein de la faculté. «Il était brillant et d'une extrême exigence intellectuelle. Mais il était en même temps très autoritaire: il n'était pas facile d'être en désaccord avec lui», se souvient Roger Francillon, qui travailla avec lui avant d'être nommé professeur à Zurich.

Ses goûts le portaient vers les grands romanciers des XIXe et XXe siècles, Stendhal, Balzac, Malraux également, mais il était toujours à l'affût de choses nouvelles ou peu connues – Louis-René des Forêts, le Nouveau Roman, ou Monique Saint-Hélier et Catherine Colomb en terre romande.

«Plus récemment, après sa retraite, j'ai été très touché par son accueil, raconte François Debluë. Il commençait à se défaire de sa bibliothèque. C'était émouvant: il se détachait, mais il voulait transmettre une dernière fois.» La passion de transmettre: ceux qui l'ont côtoyé à l'Université ou ailleurs se souviennent en effet d'un homme qui excellait à faire partager ses convictions à ses interlocuteurs. Il était doté d'une capacité de travail qui apparaissait à ses collaborateurs comme le pendant intellectuel de son endurance physique légendaire, travaillée par une pratique intense du ski de randonnée en haute montagne.

Ce sport exigeant jouait un rôle fondamental dans sa vie, et il est impossible d'évoquer Jean-Luc Seylaz sans rappeler avec quelle passion il s'y est livré jusqu'à un âge avancé. La montagne lui infligea un grand deuil, celui de sa première femme, disparue dans une avalanche. Mais il ne renonça pas. S'il le fallait, il partait seul, mais en altitude aussi, il aimait transmettre sa passion et la vivre avec d'autres.

Jean-Luc Seylaz emmenait volontiers ses fidèles compagnons dans le chalet d'alpage qu'il louait pour l'hiver à un propriétaire du Pays-d'Enhaut. Il avait un sens aigu du partage de l'aventure en montagne. Son humour, qui pouvait être féroce, faisait merveille. Les soirées étaient animées; ensemble, ils riaient beaucoup, mais au matin chacun, à la file indienne, poussait ses skis en grand silence vers le sommet. Il allait bien sûr devant, et longtemps les années ont semblé n'avoir aucune prise sur lui. Le moins que lui doive aujourd'hui l'un des membres de cette heureuse petite troupe, devenu journaliste au Temps, c'est de lui rendre ici ce dernier hommage.