Elle est arrivée sur le coup de 9h15, souriante mais le ventre vide. Vite le premier café et le croissant qui va avec. Pas eu le temps à la maison de se préparer un petit-déjeuner. Elle privilégie le sommeil. «Bien récupérer», dit-elle. Depuis septembre dernier, Jennifer Covo présente à la RTS les éditions des journaux télévisés du week-end en alternance avec Darius Rochebin.

Cinq JT à la suite, celui du vendredi soir, et ceux des samedi et dimanche. C’est très éprouvant, plutôt stressant, d’autant que les audiences sont les plus élevées de la semaine. Celle qui depuis toujours aime à se coucher et se lever tard observe ces jours-là une vie «d’ascète». «Dormir autant que possible», insiste-t-elle. Chez elle, il y a fort heureusement un mari «qui assure» et s’occupe de tout, notamment d’Elie, petit bonhomme de 4 ans. Elle rallie la tour de la RTS apaisée côté famille.

Un travail collectif

Côté travail, elle peut compter sur une équipe restreinte les week-ends mais très soudée. Etrange ambiance que celle d’une rédaction un dimanche matin. C’est feutré, ça chuchote plus que ça ne parle, les écrans des ordinateurs sont pour la plupart éteints, quelqu’un fait une tournée de pains au chocolat. «C’est spécial en effet, plus relax à cause des bureaux vides et plus fatigant parce que l’actualité, elle, ne ralentit pas.»

A 9h30, premier briefing avec Christophe Schenk, le rédacteur en chef adjoint, et Gilles Clémençon, le chef d’édition. Jennifer Covo est à la fois présentatrice et productrice. Mais ne dit jamais «mon journal». «C’est notre journal, le travail de toute une rédaction», relève-t-elle. Correspondants des cantons romands et de Berne joints par téléphone, responsable de l’actualité internationale, celui des sports, journaliste web, monteurs, secrétaire de rédaction, stagiaire, Marisa, la coiffeuse, et Rebecca, la maquilleuse. Une quinzaine de minutes passées avec ces dernières. Instant plaisant comme un «entracte».

Le souvenir de Depardieu

Ce dimanche-là, elles se sont souvenues de Gérard Depardieu, passé au maquillage avant le direct. «Quelqu’un de charismatique mais très poli, doux, prévenant», rapportent Marisa et Rebecca. Jennifer enchaîne: «Il venait chanter Barbara à Genève, une de mes plus belles interviews.»

Autre souvenir, douloureux celui-ci: les attentats à Paris, en novembre 2015. Jennifer Covo a pris l’antenne à l’annonce des premières explosions près du Stade de France: «J’ai passé trois minutes au maquillage et j’ai filé dans le studio, il a fallu gérer l’émotion, le travail dans l’instantané avec rigueur. Mon travail de journaliste a pris le dessus. En rentrant chez moi, j’ai pleuré les victimes.»

Elle ne se rêvait pas journaliste. Se voyait plutôt sur scène. Dix ans de formation théâtrale à Genève. Sans doute parce que son père, un juriste originaire de Salonique, est un peu artiste (pianiste de jazz, tendance new orleans). Sans doute aussi parce qu’elle a hérité de sa mère professeure d’histoire des yeux particuliers, plus étirés que bridés, un regard d’actrice. Maturité latine en poche au Collège Calvin, elle s’inscrit en sciences politiques car dans la famille – ses parents et ses deux sœurs – on parle beaucoup de politique et de philosophie.

L’école de Léman Bleu

Adieu le théâtre, bonjour l’amphithéâtre. Elle décroche une licence, songe à écrire une thèse, mais tombe sur une annonce: One FM cherche des jeunes pour passer des tests de voix. Elle se présente et décroche un stage de journaliste. Lorsque One FM fusionne avec Léman Bleu, Jennifer Covo intègre cette dernière. «J’ai appris là-bas à tout savoir faire, filmer caméra sur l’épaule tout en posant des questions, monter les sujets, présenter le flash info avec un prompteur muni d’une machine à dérouler le texte qui s’articulait avec la jambe. Ce fut mon école», résume-t-elle.

Elle rejoint la RTS en 2010 et la rubrique genevoise. Beaucoup de terrain et toutes les actualités traitées, politiques, sociétales, culturelles, sportives. Ensuite Couleurs locales et la Suisse romande arpentée de long en large. Puis deux années en rubrique économique. Elle retient de cette époque le procès-fleuve de la BCGE qu’elle a couvert et les déboires du conseiller d’Etat genevois Mark Muller contraint à la démission en 2012. «Dans cette affaire, je n’ai pas aimé l’homme cible qu’il a représenté. Nous devons nous en tenir aux faits et ne pas aller au-delà», argue-t-elle.

«Une peur bleue»

Elle présente le TJ une première fois en été. Un remplacement. «Ce fut horrible, une peur bleue, dans ma tête je me disais: maman, qu’est-ce que je fais là?» Elle passe plutôt bien et, au fil du temps, devient un visage familier du 12h45 et du 19h30. «Ce que j’aime avant tout, c’est rédiger mes textes, choisir les bons mots, faire simple et clair.»

Jennifer Covo n’a pas de plan de carrière, n’est pas allée chercher ce poste de journaliste-présentatrice. «Ma qualité première est d’être une bosseuse, c’est sur ce critère que je crois avoir été choisie.» «Et en plus elle ne se la pète pas, elle est d’humeur belle et égale», confie une collègue. Ce dimanche-là, l’actualité a été ce qu’elle est souvent: pesante. Séisme en Turquie, commémoration de la libération du camp d’Auschwitz, coronavirus. Le sport a apporté une touche de légèreté: victoire de Federer à Melbourne et de Daniel Yule à Kitzbühel. Raphaël, l’assistant-plateau, a levé le pouce au moment du générique de fin. C’est une bonne note.


Profil

1978 Naissance à Genève.

2004 Licence en sciences politiques à l’Université de Genève.

2010 Entre à la RTS.

2011 Mariage avec Alexis Favre, puis naissance d’Elie quatre ans plus tard.

2019 Présente en alternance les JT du week-end.