La TSR – bien qu'elle s'en défende – s'engouffre dans la brèche de la «real TV». Elle a ouvert hier et jusqu'au 16 avril un casting pour sélectionner 16 jeunes Romands, dans le cadre d'un nouveau jeu baptisé 72 heures pour gagner, version suisse d'une production néo-zélandaise, adaptée par le groupe Pearson. «On cherchait une émission estivale sur l'idée du voyage, explique Serge Minkoff, chef du divertissement de la TSR. C'était soit trop cher, soit trop compliqué, surtout pour recevoir des artistes. Je cherchais aussi un jeu-spectacle. Pearson nous a présenté divers concepts. On a tous flashé sur celui-là.»

Le scénario des émissions (9 juin, 7 juillet, 18 août et 1er septembre) est simple. A chaque fois, quatre candidats seront largués pendant trois jours dans une ville étrangère avec 20 dollars en poche. Ils devront y affronter «des épreuves ludiques et culturelles, annonce la TSR. Et rivaliser d'imagination et de persuasion pour obtenir, par exemple, un hébergement gratuit ou se faire offrir à déjeuner.» Ils seront accompagnés par une dizaine de personnes, dont quatre cadreurs, qui leur «colleront aux semelles dès le lever du jour, armés d'une simple caméra digitale.» De retour en Suisse, les images seront montées, présentées en studio par Phil Mundwiller, et les exploits des candidats jugés par trois personnalités suisses. Le gagnant se verra offrir un voyage d'une semaine pour deux personnes.

«Variation saine»

72 heures pour gagner: une version urbaine et raccourcie de Survivor? La TSR refuse l'amalgame: «Ce n'est pas aussi méchant, répond Serge Minkoff. C'est ludique et soft.» Quid alors des caméras qui ne lâchent pas les concurrents? «C'est évidemment dans l'air du temps, concède-t-il. Ce jeu, c'est une variation sur un thème connu, certes. Mais une variation saine.» Interrogé en septembre 2000 sur l'essor de la «real TV» et la possibilité de voir la TSR suivre le mouvement, Raymond Vouillamoz, directeur des programmes, déclarait: «Quand des adultes consentants font des choses entre adultes consentants et sont regardés par des adultes consentants, c'est compliqué de dire jamais. Je pense qu'on peut imaginer des jeux semblables, mais qui respectent notre éthique.» Et d'ajouter: «Finalement, les gens qui regardent ces émissions (Big Brother, Survivor, ndlr) n'ont que ce qu'ils méritent. C'est leur problème. Le nôtre, c'est de réussir à faire de l'audience sans recourir aux deux grosses mamelles des télévisions commerciales: voyeurisme et appât du gain. Ce qui est important pour une télévision de service public, c'est de maintenir le cap et de ne pas courir après une mode que je considère comme dévastatrice pour elle.» Réponse le 9 juin.