détox: lâcher prise cet été (3)

«Jeûne et ton corps te dit merci!»

Marie-Laure Canosa, quadragénaire genevoise, s’est rendue en Sibérie pour suivre un jeûne de huit jours.Manger moins lui a permis de mieux sentir ce qu’elle souhaite vraiment dans la vie

Détox: lâcher prise cet été (3/5)

Marie-Laure Canosa, quadragénaire genevoise, s’est rendue en Sibérie pour suivre un jeûne de huit jours

Manger moins lui a permis de mieux sentir ce qu’elle souhaite vraiment dans la vie

Et si on ne mangeait pas par faim, mais par habitude ou par convention sociale? Lorsqu’on se nourrit, est-ce qu’on savoure les aliments ou est-ce qu’on se remplit? La Genevoise Marie-Laure Canosa a toujours pris la nourriture au sérieux en ne cuisinant, sur les plans personnel et professionnel, que des ingrédients de qualité.

Pourtant, en septembre 2013, lorsqu’elle voit sur Arte un documentaire consacré au jeûne dans un sanatorium de Sibérie, cette amoureuse de la Russie ressent la nécessité de se rendre dans ce lieu idyllique situé au bord du lac Baïkal, pas loin d’Oulan-Oude, et de se soumettre à cette thérapie. Huit jours de jeûne strict, en ne buvant que de l’eau. La démarche est encadrée par des médecins avec consultations quotidiennes, des soins (massages et bains de boue) sont prodigués tous les jours et le retour à la nourriture est lui aussi accompagné.

Le but? Se reposer et retrouver un lien choisi et non subi à l’alimentation. L’expérience a eu lieu en avril 2014, durant les congés de Pâques, et, depuis, cette mère de trois enfants a changé, dit-elle. «Je ne suis plus jamais fatiguée et surtout je me sens plus forte, plus posée.» Récit d’une détox qui va bien au-delà du corps.

Marie-Laure Canosa a un parcours atypique. Diplômée en relations internationales et dans l’enseignement de l’éducation physique, la jeune femme est devenue déléguée du CICR en 1995, un organisme avec lequel elle est partie en mission en Abkhazie, en Tchétchénie, au Tadjikistan, en Albanie et à Jérusalem. A son retour, débute une nouvelle vie: un mari, des enfants – elle en aura trois – et la fondation d’une crêperie, El Progreso, où cette passionnée de la table équitable achète le jambon bio d’un producteur local et les féras du Léman. Pareil pour le fromage et les légumes qui garnissent les crêpes: tout est garanti naturel et sans additifs.

Une manière de bien faire qu’elle a étendue à son foyer. «Je pense qu’on transmet beaucoup des notions de respect et de solidarité à ses enfants à travers ce qu’on leur donne à manger.» Son mari, spécialiste en mobilité et environnement, travaille à Berne. Il la soutient du mieux qu’il peut dans son quotidien, mais la gestion de la roulotte à crêpes et de la famille finit par peser.

«Pendant dix ans, toute ma vie a tourné autour de la nourriture. Celle que je cuisinais pour mes enfants et celle que je proposais à mes clients. De la nourriture de qualité avec, du côté de la crêperie, de très belles rencontres d’amitié, mais tout de même, faire à manger était devenu plus qu’une activité, c’était mon identité.»

En 2013, les enfants ont grandi, Marie-Laure décide de remettre sa crêperie à sa fidèle collaboratrice. On est en septembre. Par hasard, cette passionnée de grand air qui regarde peu la télé zappe sur Arte le soir où passe le documentaire sur le jeûne. Coup de tonnerre. Elle en est sûre, c’est ça qu’elle veut faire. Réalisé en 2011 par Sylvain Gilman et Thierry de Lestrade, Le Jeûne, une nouvelle thérapie? montre comment, en Russie, en Allemagne, en Suisse et aux Etats-Unis, des cliniques parviennent à soigner des maladies chroniques comme l’asthme, l’hypertension et l’obésité à travers des jeûnes de douze jours.

Même en cas de cancer, observe le film, le jeûne est recommandé avant le début de la chimiothérapie pour améliorer l’efficacité du traitement. Marie-Laure se souvient aussi de ce passage qui l’a particulièrement frappée: «Le médecin russe fondateur de cette thérapie il y a quarante ans a découvert les vertus du jeûne en constatant qu’un de ses patients, schizophrène, ne présentait quasiment plus de crises quand on respectait son choix de ne pas s’alimenter. En situation d’autoalimentation, le corps et l’esprit se règlent et se réparent eux-mêmes», s’enthousiasme la nouvelle adepte.

Durant les congés de Pâques qui suivent, la quadragénaire, qui se réveille souvent fatiguée, est allée se régénérer à Goriatchinsk, station thermale de Sibérie réputée pour sa source d’eau chaude, qui propose depuis 1995 cette thérapie par le jeûne. Plus de 10 000 personnes en ont déjà bénéficié, et le site, magnifique avec ses maisons décorées et ses longues promenades au bord du lac Baïkal, ajoute encore aux bienfaits de la diète.

«J’ai tout de suite adoré ce qui se dégageait de l’endroit et l’idée de quitter la maison quinze jours, seule, sans mari ni enfants, ne m’a pas déplu non plus!» Ce, sans compter que Marie-Laure parle couramment le russe, dont elle vient de renforcer l’apprentissage à travers un complément d’études universitaires de trois ans. Ce projet représente pour elle un double plaisir: nettoyer son corps et stimuler son esprit.

«J’ai aimé encore le côté subversif de cette thérapie qui ne sert aucun intérêt commercial, poursuit la Genevoise d’origine espagnole. En Occident, on est dans la surconsommation, d’aliments et de médicaments. La solution proposée à Goriatchinsk ne fait pas d’argent. Elle repose au contraire sur un ralentissement.» Tout de même, le séjour n’est pas gratuit, la thérapie coûte bien quelque chose? «Oui, 800 euros pour huit jours, auxquels j’ai dû ajouter le prix de l’avion. C’est bien moins cher que certaines cliniques de luxe qui proposent des cures hors de prix.»

Tout le monde peut-il se rendre dans ce sanatorium? Quelle procédure l’intéressée a-t-elle dû suivre? «J’ai dû leur envoyer une attestation médicale prouvant que j’étais en bonne santé. Sur place, le médecin a d’ailleurs refait un check-up pour être sûr que je ne souffrais pas d’anorexie ou de boulimie. Avant d’aller à Goriatchinsk, je pesais 58-59 kilos pour 1 mètre 70. Pendant le jeûne, je suis descendue à 52, et aujourd’hui, je pèse autour des 56 kilos. Pour moi, ce n’est pas une question de poids, mais de rapport à la nourriture. Après un jeûne, tu ne te sens plus obligée de manger quand les autres mangent ou de manger ce que les autres mangent. Tu es mieux connectée à tes besoins et tu ne fais plus de concessions sociales. Ton corps te dit merci!»

Surtout que le jeûne commence avant le jeûne. Impossible d’arrêter de manger du jour au lendemain. Ou alors on risque de sérieuses et douloureuses crises d’acidose, cette réaction du corps qui, pour pallier le manque de glucose, fabrique un substitut, les corps cétoniques, grâce aux réserves de protéines et de lipides. Lors de ce changement de mode d’alimentation, le taux d’acidité dans le sang augmente et crée parfois des nausées, des maux de tête et des crampes. On peut réduire ces crises en commençant à diminuer la prise d’aliments longtemps avant l’interruption totale.

«Un mois et demi avant mon départ en Russie, j’ai supprimé l’alcool et la viande, témoigne Marie-Laure. Dix jours avant, je me suis passée des produits laitiers. Puis, j’ai cessé de boire du café – c’est ce qui m’a le plus coûté! – et quatre jours auparavant, j’ai supprimé les céréales, puis les fruits et légumes.» Ainsi, la quadragénaire dit n’avoir ressenti «aucune douleur pendant le jeûne, ni aucune sensation de faim».

En revanche, elle a été saisie d’une «immense fatigue». «Je faisais des siestes à tout moment. Si j’avais envie de dormir, je dormais, et je me rendais aux soins d’hydrothérapie et de bains de boue plus tard. A Goriatchinsk, tout est pensé pour qu’on suive notre rythme naturel et que le corps reprenne ses droits. J’ai l’impression de m’être débarrassée d’une fatigue vieille de plusieurs années.»

Le lieu, magique, les massages tatars, énergiques, les bains de boue de pieds, comiques avec les vieilles babouchkas, les balades sur le lac Baïkal gelé et aussi la reprise de nourriture avec le délicieux kéfir maison: tout a gagné le cœur de Marie-Laure, qui a vécu une sorte de mue intérieure. «C’est exactement ça, je suis changée. J’ai repris tous les aliments et je ne jeûne plus, mais, depuis le retour de Russie, je me réveille tous les matins en pleine forme et j’ai décidé de suivre une formation en médiation, car je pense que l’idée de responsabilité individuelle qui est à l’œuvre lorsque tu fais un jeûne est proche de celle d’aller en médiation pour régler ses conflits.»

«Dans cette discipline, chaque partie du conflit doit trouver ses propres solutions avec l’aide du médiateur. Ce dernier point est important, car je milite à fond pour la prise de conscience personnelle. En septembre, j’entame un stage en médiation pénale des mineurs à Fribourg et j’essaierai de mettre à profit les enseignements du jeûne: être toujours au plus près de cette lucidité.»

«Après un jeûne, tu ne te sens plus obligée de manger quand les autres mangent ou de manger ce que les autres mangent»

Demain: Prier à l’abbaye Notre-Dame-de-Triors (F)

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