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Le chalet Interlude Bien-Etre à Val d'Illiez qui accueille les participants pour un jeûne de six jours. 
© Interlude BE

Lâcher-prises (4/7)

Jeûner au cœur du Valais

Gourmande, Janine apprécie les petits plaisirs de la vie. Pourtant, cette mère de famille fribourgeoise s’est inscrite à une cure «détox» de six jours à Val-d’Illiez. Une découverte plus qu’un challenge

Une épicurienne qui jeûne? Pas tout à fait impossible. Janine en est la preuve. A 59 ans, cette mère de famille fribourgeoise s’est inscrite à une cure de six jours dans le val d’Illiez. Samedi, elle est arrivée au centre Interlude Bien-être, ouvert depuis quelques mois, avec un petit pot de miel comme tout rempart à la faim. La veille, un mélange de curiosité et d’appréhension: «Je me demandais si j’étais capable, si j’allais tenir.»

Janine n’a jamais été obsédée par son poids. Pourtant, à la ménopause, après un burn-out et des maux de dos, elle ressent un mal-être tant physique que mental. Un reportage sur les vertus du jeûne thérapeutique éveille sa curiosité. «Je sentais que j’avais besoin de lâcher certaines choses, de faire le point, explique cette assistante sociale de profession. Un matin, je me suis décidée.»

Jus et bouillon

A 900 mètres d’altitude, un chalet de maître aux allures de caverne d’Ali Baba. Fauteuils Belle Epoque, poêles en pierre ollaire et escaliers en colimaçon: dans cet univers feutré, huit participants s’apprêtent à vivre sans aliments solides durant une semaine. Jus de fruits sans fibres le matin, bouillon le soir. Unique en Suisse romande, le centre pratique le jeûne selon la méthode Buchinger. Du nom du médecin allemand Otto Buchinger, qui a développé cette approche holistique au début du XXe siècle.

«Le premier matin, je me suis réveillée avec des maux de tête et des nausées», explique Janine. Son dernier repas, une ratatouille aux courgettes, semble bien loin. Si elle a respecté la «descente alimentaire», préparation primordiale, sa purge n’a pas fonctionné. Mais au cœur des montagnes, le stress du quotidien disparaît au profit d’une synergie de groupe. «L’ambiance est sérieuse, sans être moralisante, on échange beaucoup entre nous. Et puis, il y a le luxe de ne rien faire.»

«Le corps s’adapte»

«Durant les deux premiers jours, le corps s’adapte, il utilise le glucose disponible, puise dans ses réserves, explique Maya, naturopathe, qui encadre le séjour. La sensation de faim disparaît généralement au troisième jour.» L’enjeu? Rééquilibrer les hormones de satiété et prendre conscience qu’on n’a pas besoin d’autant manger. «Beaucoup de maladies sont dues à un style de vie d’excès, poursuit-elle. Jeûner permet d’éliminer les toxines, de faire baisser la tension, d’apaiser les douleurs articulaires ou les problèmes de digestion.»

Mardi, nouveau réveil «flagada» pour Janine. Le groupe part se balader en forêt. Arrivée en haut d’une arête, elle cale, les jambes coupées. «Je me suis sentie très faible, j’ai pris une cuillerée de miel, ça m’a reboostée.» Elle reprend le rythme. «Sur la fin, j’ai réussi à apprécier le paysage splendide.» En milieu d’après-midi, un automatisme la rattrape. Un petit goûter? Malgré l’habitude, Janine ne cède pas et part se coucher tôt.

Quelle différence avec un régime drastique? «Ici, on passe de tout à rien, ce n’est pas la même privation qu’à la maison, où les placards sont pleins», avance Louis Clerc, responsable du centre. Quid des dérives? «On prête attention aux profils à risque, précise-t-il. Le jeûne ne doit pas être perçu comme un défi, certains jouent avec leurs limites et vont trop loin. Ce n’est pas le but.»

Introspection

Avant-dernier jour, le manque de café se fait de plus en plus pressant. La faim, elle, reste furtive. «Après une longue randonnée, je suis allée aux bains pour me relaxer, l’eau m’a fait un bien fou», confie Janine. Vendredi, elle termine la cure un brin fatiguée, mais fière. Verdict: sept kilos perdus depuis le début du processus. Lors du repas de reprise, les saveurs lui apparaissent décuplées. «Sentir ses papilles en veilleuse qui se réveillent, c’est magique!»

A l’arrivée, le jeûne lui a ouvert des perspectives. «En venant ici, j’étais très préoccupée par l’après. Maintenant, je sais que des pistes existent pour se nourrir autrement.» Mener cette expérience physiologique dans son quotidien n’aurait pas été possible. Ici, Janine a pu prendre le temps et bénéficier de l’effet de groupe. «Au final, la semaine est passée très vite», constate la Fribourgeoise, «déçue en bien», qui prévoit déjà de revenir.


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