Pour Nahum Frenck, pédiatre et thérapeute de famille à Lausanne, deux tendances facilitent la violence des jeunes. L'individualisme à outrance qui fait que l'Autre n'existe pas et la disparition de la notion de délit. «Combien de familles mangent tranquillement à 19 h 30 devant le spectacle des cadavres écorchés au Kosovo, parce que la télévision marche? En Suisse, des jeunes qui ont commis un délit sont tout surpris d'être punis dès lors qu'ils ont avoué. Ils croyaient pouvoir agir impunément. L'attitude de tous ces adultes s'excusant de ne pas remettre leur enfant à l'ordre «par gain de paix» les y encourage. Des jeunes violents se croient dans un jeu vidéo où le joueur tue, meurt, puis appuie sur le bouton pour recommencer. Les frontières entre mondes réel et virtuel se font floues. Les deux jeunes meurtriers de Denver, qui se sont probablement suicidés, pensaient sans doute que la mort est réversible. Dans ce contexte de culture de la mort, où les sites néo-nazis sont créés sur le Net par milliers, il vaut la peine de ne négliger aucun signe de dépression chez un jeune: l'autosabotage scolaire, le piercing, la tristesse, les croix celtiques ou gammées méritent l'attention.»

Ar. Ra.