Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le genre de message qu’on peut trouver sur le Jodel de l’Uni de Lausanne: «A la jeune fille qui m’a souri en me croisant près du pont vers l’Anthropole: tu étais si rayonnante que je n’ai pas su te rendre ce sourire. Excuse-moi…»
© Wikimedia Commons

Sur les réseaux

Jodel, l’app que les étudiants gardent jalousement

C’est l’application qui cartonne. Son succès? Locale, immédiate et anonyme, elle n’a pas été récupérée par le grand public. Sur les campus, on s’y lâche avec bonheur et insouciance

«Je suis passé de l’UNIL à l’EPFL. Quelqu’un peut me dire où sont passées les filles?» «Le gymnasien qui est tombé dans les escaliers de l’Amphimax et qui a roulé jusqu’au métro! On t’a vu.» «Quand la casquette te va pas et que du coup t’es obligé de te coiffer, mais t’as juste pas le temps.»

Sur Jodel, ce genre de phrases courtes défile à longueur de journée, le but étant de «faire le buzz sur le campus» de manière totalement anonyme. Jodel? C’est une application très populaire dans les universités. En dehors, personne ne la connaît, même les spécialistes des réseaux sociaux. Pourtant, les étudiants l’utilisent assidûment depuis plus de deux ans. S’il y a déjà eu des dérapages ailleurs dans le monde (en Suède notamment), l’esprit qui y règne à l’Université de Lausanne est gentiment potache, voire rafraîchissant! Presque étonnant, à l’heure où se déversent des flots de propos violents sur Facebook.

Autorégulation de l’espèce

Créée par une start-up berlinoise, Jodel fonctionne par géolocalisation. On captera donc avec son smartphone tous les commentaires postés dans un rayon de 10 km. Il est ensuite possible de commenter ces publications, et de «upvoter» ou «downvoter» (on aime ou on n’aime pas). Il existe une forme d’autorégulation de l’espèce chez les Jodeleurs: si un post – jugé mauvais ou inadéquat – atteint moins 5 points, il disparaît du flux. Ceux qui cartonnent récolteront des points Karma, et ceux qui postent des commentaires trop racoleurs se font traiter de «putakarma» en plus de se prendre les 5 «downvotes» fatidiques. Voilà qui est clair.

«Il y a parfois des commentaires assez trash sur le sexe, mais les gens ne se prennent pas au sérieux, explique Raphaël, étudiant à l’EPFL. Avec des potes on passait souvent nos pauses à imaginer le message qui pourrait faire le buzz. Ce n’est pas trop basé sur les profs, on s’amuse plutôt à faire des clashs interfacultés.» Oui, parce que forcément, les HEC sont «des beaufs qui seront nos patrons un jour», et les étudiants en lettres «des glandeurs qui fument de l’herbe toute la journée». Le tout sur un mode «qui aime bien châtie bien».

Gardiens de leur «cool attitude»

Blaise Reymondin, spécialiste du numérique et blogueur au Temps, observe cet engouement de niche avec beaucoup de tendresse et de curiosité. «C’est un outil conçu pour eux! Cette population d’étudiants déteste par essence tout ce qui est trop populaire. Snapchat l’est déjà trop. Je suis sûr que si ça dépasse les murs de l’université, ça les intéressera moins. Ils sont donc les gardiens de leur cool attitude. Avec Jodel, ils ont trouvé un îlot où ils peuvent se lâcher. Et ils sont super-bons! Il y a une culture de l’humour totalement ancrée dans leur génération.»

Certaines réflexions pourraient en effet s’apparenter à du stand-up à la Thomas Wiesel, version écrite. Les sujets de prédilection: la galère dans les transports publics, la gueule de bois du coloc’, l’angoisse liée aux études, les petites moqueries – sans jamais nommer personne – le sexe (à toutes les sauces…) et évidemment la drague, parfois presque trop fleur bleue pour être vraie. «A la jeune fille qui m’a souri en me croisant près du pont vers l’Anthropole: tu étais si rayonnante que je n’ai pas su te rendre ce sourire. Excuse-moi…» Selon Raphaël, peu de chance toutefois de retrouver un crush via Jodel, puisque l’anonymat est de rigueur.

Populaire mais pas trop

Depuis son arrivée sur le campus il y a deux ans déjà, et uniquement par bouche-à-oreille, la popularité de Jodel a explosé puis s’est maintenue. Mais jusqu’à quand? «Avant, Jodel, c’était mieux, on était seulement entre étudiants. Maintenant il y a de tout, des gymnasiens, des gens qui travaillent… bientôt ce sera des gamins de 8 ans.» L’apparition récente des hashtags n’a pas non plus été appréciée: «Manque encore un moteur de recherche, un login, des vidéos et de la pub pour que ce soit 100% naze.» Apparemment, la destinée à la Facebook ne fait plus rêver.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo société

Au Vietnam, on se nourrit volontiers de serpents

Les Vietnamiens sont friands de serpents. On y voit l'influence de la tradition chinoise. Mais la pratique choque, y compris dans les villes du pays

Au Vietnam, on se nourrit volontiers de serpents

n/a