Exposition 

J’ose vous demander un zwieback avec mon ristretto?

Retirer de l’argent au bancomat, manger un bircher, prendre un schlouc de fendant… Les helvétismes sont à l’honneur au Centre Dürrenmatt à Neuchâtel: l’occasion de se rendre compte, à travers la langue, que la variété de la Suisse fait aussi son unicité

Dissimulé au cœur du vallon de l’Ermitage, cocon de verdure sur les hauts de Neuchâtel, le Centre Dürrenmatt dévoile une exposition trilingue en lien étroit avec celui qui a donné son nom au lieu: toute sa vie, l’écrivain et peintre Friedrich Dürrenmatt a usé d’helvétismes dans ses textes et son parler, jusqu’à poursuivre en justice un journal allemand qui l’avait censuré.

Jusqu’au 21 juillet, ce sont donc ces spécificités linguistiques suisses qui sont à l’honneur: tournures de phrases, emprunts lexicaux ou expressions, les helvétismes sont parfois employés à dessein, mais souvent de manière inconsciente. Avez-vous déjà entendu «conseiller fédéral» ou «Röstigraben» ailleurs qu’au sein de nos frontières? Un florilège d’archives audiovisuelles du parlement a été constitué pour nous y sensibiliser. Oui, ce sont des helvétismes au même titre que «foehn» qui désigne un sèche-cheveux en Romandie, «soussol» ré-orthographié par nos voisins alémaniques ou la «guggen» reprise par les Tessinois.

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«Corriger, c’est aussi commettre une faute»

«La force d’un pays comme le nôtre, ce sont nos différences. En ce sens, l’exposition donne un message à nos voisins. Mais elle est d’abord pensée pour la Suisse, elle est conçue de telle manière à montrer ce qui nous rattache», analyse Virginie Borel, directrice du Forum du bilinguisme qui a œuvré de concert avec le Forum Helveticum à la réalisation de l’exposition, sous la responsabilité de Michael Fischer du Centre Dürrenmatt.

Les frontières linguistiques sont loin d’être imperméables; en témoigne une carte du pays composée d’une grande quantité de ces mots, dérivés voire piqués aux autres régions. Saviez-vous que les Tessinois utilisaient les vocables «bouillotte», «schlafsack» ou même «classatore» provenant de «classeur», qui n’existe pas en Italie? Ou encore que «Ferien» n’est utilisé qu’en suisse-allemand pour dire «vacances», traduit «Urlaub» en Hochdeutsch?

«Dans l’enseignement, certains corrigent les helvétismes, mais je pense que corriger, c’est aussi commettre une faute, parce que ces mots font partie de la langue dans le contexte suisse. La meilleure option, c’est d’expliquer, conscientiser qu’on ne serait pas compris en Italie, par exemple», détaille Maria Chiara Janner, collaboratrice à l’Osservatorio linguistico della Svizzera italiana. Pour l’exposition, la linguiste a dressé une liste d’helvétismes utilisés au Tessin, tout comme l’ont fait pour leur langue les collaborateurs du Centre de dialectologie et d’étude du français régional de l’UniNE et le Schweizerischer Verein für die deutsche Sprache. Le romanche a été écarté car il n’est pas parlé ailleurs qu’en Suisse.

Exposition itinérante et rassembleuse

Du côté de l’expographie, les mots d’ordre sont transportabilité et interactivité. Penser une installation muséale autour d’une thématique linguistique n’est pas chose aisée, mais le pari est réussi: code couleur pour identifier chaque langue nationale, photographies, installation vidéo, jeu interactif et dispositif audiovisuel pour découvrir les «slams» truffés d’helvétismes de trois artistes suisses. Le tout est facilement déplaçable et c’est le but: Helvétismes est déjà attendue à Lucerne, à Zoug, en Valais et au Tessin.


Exposition: «Helvétismes, Helvetismen, Elvetismi», Centre Dürrenmatt Neuchâtel (CDN)

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