Nonobstant les accusations dirigées contre lui, Josef Fritzl, cet Autrichien qui séquestra et viola sa fille pendant vingt-quatre ans dans sa cave, a déclaré ne pas être «un violeur d'enfants», mais a confessé un «penchant» pour l'inceste. Elisabeth fut kidnappée en 1984, alors qu'elle avait 18 ans, et n'a été libérée que le 26 avril dernier, à l'âge de 42 ans. Placé en détention provisoire dans la maison d'arrêt de Sankt Pölten (Basse-Autriche), son père a nié avoir commencé à abuser d'elle quand elle a eu 11 ans. «Ce n'est pas vrai, a-t-il protesté dans une interview-fleuve publiée hier par l'hebdomadaire News. Je ne suis pas du genre à abuser sexuellement d'enfants.» Fritzl affirme également avoir toujours pris soin de sa famille «d'en bas», Elisabeth et ses trois enfants également séquestrés, Kerstin (19 ans), Stefan (18 ans) et Felix (5 ans). «J'ai toujours su pendant ces 24 années que ce que j'avais fait n'était pas bien, mais je dois être fou parce que je l'ai fait», confesse le tortionnaire, qui dit avoir souvent pensé à libérer sa fille les premières années. «A chaque nouvelle semaine de détention de ma fille, ma situation devenait plus folle, [...] c'est vrai que je me demandais sans arrêt si je devais la laisser partir ou pas.»

«J'ai fait ce que j'ai pu pour prendre soin de ma famille dans la cave, jure-t-il cependant. Quand j'[y] allais, j'apportais des fleurs à ma fille et des peluches aux enfants. On regardait des films d'aventure avec les enfants, pendant qu'Elisabeth cuisinait notre plat préféré. Et puis, nous nous asseyions ensemble autour de la table de la cuisine pour manger.»

Une forme d'addiction

Pourquoi et comment Fritzl a-t-il décidé de séquestrer sa fille? Pour cet homme à cheval sur les principes et une certaine «décence», l'adolescente qu'était Elisabeth avait cessé de respecter ces règles. «Je devais la protéger du monde extérieur, si nécessaire par la force», explique-t-il, car elle «passait ses nuits dans des bars louches à boire et à fumer.»

Dans ce témoignage ahurissant de candeur, le prévenu avoue également ses pulsions. «Mon penchant à avoir des relations sexuelles avec Elisabeth a été de plus en plus fort. Je savais qu'Elisabeth ne voulait pas que je lui fasse ça. Je savais que je lui faisais du mal, c'était une forme d'addiction. En réalité, je voulais avoir des enfants avec elle», finit-il par lâcher.

Natascha Kampusch, cette jeune fille qui parvint à s'évader en 2006 du cachot où un désaxé la retenait depuis huit ans et demi, a offert son aide aux victimes de Josef Fritzl, et esquissé sa propre interprétation du drame d'Amstetten. «Je pense que cela peut avoir un lien avec le national-socialisme, avec les méthodes éducatives de l'époque et leurs conséquences. Les gens qui [y] ont participé autrefois ne sont sûrement pas devenus des parents exemplaires, d'abord parce que c'est la violence qui prédominait, ensuite parce beaucoup de gens sont rentrés perturbés de la guerre.» Quant à Josef Fritzl, conclut-elle, «j'imagine [...] qu'il a été humilié durant son enfance, qu'il n'a pu s'en sortir qu'en compensant avec une forme de mégalomanie et un comportement dominateur.»