Les yeux ont changé. Comme toutes les troupes de comédiens ou de danseurs du monde, les figurants de la Fête des Vignerons connaissent la fièvre de l'avant répétition générale. Dans les rues, aux abords de l'arène, à l'atelier de costume, dans les salles de maquillage, les gestes sont plus tendus, les réponses plus pressées…

Bruno et Séverine, 16 ans tous les deux, longent les terrasses qui bordent les arènes. Ils portent de drôles de chapeaux estampillés «Pressing». Homme et femme sandwich, le temps d'un été pas comme les autres, ils vantent les mérites du pressing de la Fête situé au CAB, sur les bords de la Veveyse. Depuis dimanche, le centre de nettoyage est ouvert 24h sur 24 et mobilise trente personnes. Selon Christian Huber, cogérant de l'entreprise, le pressing serait le plus important d'Europe. Cinq tonnes de vêtements pourront y être nettoyés chaque jour. Aux abords de la fourmilière en question, un figurant se précipite vers sa voiture, en sueur. Il interpelle trois comparses: «Vite, vite, vite. Cérès nous attend à 17h30 aux arènes pour l'aider à mettre son costume. Elle passe sa robe pour la première fois. Vite.»

Rue du Torrent, une vingtaine de maquilleuses en costume préparent leur nécessaire: des sacs réfrigérants et des bananes remplies de l'outillage d'urgence. Elles sont toutes bénévoles et ont appris les rudiments du métier avec Laetitia, fille de François Rochaix.

20 maquilleuses pour 5000 figurants? «On apprend aux figurants à se maquiller tout seuls. Mais on se tient prêtes tous les soirs dans les coulisses à faire le moindre sauvetage ou raccord» explique l'une d'elles.

Dans un coin, une autre fixe à un fil une centaine de pinces à linge. «Chaque soir, on lavera toutes les éponges à maquillage que l'on fera sécher ici.»

Le patron du kiosque à journaux La Civette, qui jouxte la Grande-Place, a déjà installé son lit de camp. «Je vais ouvrir de 6h à 2h du matin. Donc il faut ce qu'il faut», explique-t-il en débouchant une bouteille de champagne rosé. Les vendanges s'annoncent bonnes, visiblement. Puis au détour d'une phrase, il lance: «J'ai vendu 1000 préservatifs à la Confrérie des Vignerons.» La sortie fait son effet puis trouve son explication: «En fait, c'est pour protéger les micros du spectacle en cas de pluie. Cela se fait dans tous les festivals open air.»