Arrivé à six heures du matin jeudi dernier à Zurich-Kloten, Bruno Manser n'a pas perdu son temps. A dix heures, il convoquait les médias pour marteler un message: «La presse internationale doit interroger le premier ministre des Penans. Moi, je ne suis qu'un catalyseur, une chance donnée aux Penans pour que leur sort soit sauvé.» Ce message, l'écologiste bâlois ne le lance pas sur le ton du syndicaliste. Il le dit d'une voix douce, toujours égale, avec la tranquille foi de celui qui sait. Lorsqu'on lui transmet des doutes quant à l'influence de la presse, notamment suisse, sur l'attitude du ministre Taib Mahmud envers les nomades de la forêt, il les balaye et répond en vous fixant d'un regard perçant: «Il a peur de perdre sa crédibilité. Il ne veut que de la bonne propagande.» Tout en admettant que plus un pays a de relations économiques avec le Sarawak, plus l'influence de sa presse est grande.

Le petit homme qui cache sa force sous une frêle silhouette s'est attelé à une tâche qui rappelle celle de David face à Goliath. Il veut sauver l'espace vital des Penans du Sarawak, rétréci à mesure que les arbres en sont abattus. Halte au déboisement, n'achetez plus du bois en provenance du Sarawak: tel est le leitmotiv de son combat.

Ses armes? La presse tout d'abord. En plus des articles et autres émissions qu'il arrive à susciter, il songe à créer un site Internet sur lequel les journalistes pourraient directement dialoguer avec Taib Mahmud. Le boycott du bois malais, ensuite. Plusieurs communes suisses, surtout alémaniques – mais Genève en fait partie –, ont décidé d'approuver le boycott. Leur influence sur les acheteurs privés étant des plus limitées…

Enfin, Bruno Manser continuera à se faire le pèlerin des Penans. Il se rendra en Allemagne dans un mois mais, il le sait, il faudrait sensibiliser la France, le Japon et tant d'autres… Tout cela avec l'aide d'un secrétaire à mi-temps et d'une Fondation qui vit de dons avec un budget de 200 000 francs par année. Dans l'immédiat, il attend un signe de Taib Mahmud. D'ici à une semaine, le ministre devrait donner les preuves qu'il respecte les droits de l'homme, qu'il retirera les licences d'exploitation et qu'il protège la forêt. Il a déjà promis d'en sauver 20%, Bruno Manser veut maintenant une mise en pratique des promesses. Si le signe ne vient pas, il ne sait pas comment il réagira. Cela étant dit, il mange encore une tarte aux pommes et repart dans les couloirs de Kloten, suivi pas à pas par un agneau – une marionnette à fils.