Réactions à la Télévision suisse romande après l'annonce du jugement du Tribunal fédéral

Le Temps: Comment réagissez-vous au jugement du TF?

Blaise Rostan, adjoint à la direction de la TSR pour les affaires juridiques: «A première vue, ce jugement m'apparaît comme strict et sévère. Les critères de lecture du Tribunal fédéral sur les motifs de justification de la caméra cachée sont très restrictifs. C'est d'autant plus préoccupant que le recours au procédé de la caméra cachée est chez nous exceptionnel. Comme le précise la charte d'éthique de la TSR, l'utilisation de cette méthode n'est autorisée que s'il existe un intérêt public prépondérant. Elle doit au préalable obtenir l'accord d'un producteur responsable ou d'un chef de département. Mais voilà: le journalisme d'investigation nécessite parfois des méthodes qui sont à la limite de la loi. Il arrive que la caméra cachée soit le seul moyen pour obtenir des preuves ou vérifier des rumeurs. Cette jurisprudence va restreindre encore plus la marge de manœuvre des journalistes. Nous allons devoir en discuter à l'interne pour bien en mesurer les conséquences.»

- Le recours à la caméra cachée est-il parfois contesté à la TSR, à l'interne comme à l'externe?

B.R.: Nous avons eu une contestation en rapport avec un reportage de la télévision suédoise sur la scientologie. Après le témoignage de deux témoins, qu'elle avait filmé normalement, l'équipe de reportage avait utilisé une caméra cachée pour interroger les dirigeants de l'Eglise. Notre médiateur avait reçu une réclamation. Mais ce n'était pas allé plus loin.

- Le procédé de la caméra cachée semble tenter de plus en plus les télévisions européennes. Qu'en pensez-vous?

Gilles Pache, directeur des programmes d'information et des magazines à la TSR: «Je pense qu'il vaut mieux ne pas chercher à piéger les gens. Ce type de procédé ne cadre pas et n'a jamais cadré avec nos codes de déontologie. Nous n'y recourons que dans des situations exceptionnelles, lorsque nous ne pouvons pas procéder autrement. De plus, banaliser l'usage de la caméra cachée reviendrait selon moi à instaurer un climat de méfiance généralisée. Il n'est dans l'intérêt de personne d'y recourir trop souvent. Cela dit, il est toujours préférable de pouvoir fixer soi-même les règles que de se les voir imposer par un législateur.»