Le suspense continue dans l'affaire qui oppose la société américaine Yahoo Inc. et la justice française. Le juge Jean-Jacques Gomez vient d'ordonner la constitution d'un collège de trois experts (un Français, un Européen et un Américain). Ces spécialistes seront chargés de déterminer une méthode appropriée pour empêcher les internautes français d'accéder au site de vente aux enchères de produits nazis que l'on trouve aujourd'hui hébergé par le portail Internet yahoo.com. La décision prise hier par le juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris est une nouvelle illustration de la difficulté à faire appliquer les instruments juridiques au monde d'Internet.

Ce sont deux organisations françaises, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) et l'Union des étudiants juifs de France, qui ont engagé, il y a quelques mois, des poursuites contre Yahoo Inc. Sur le portail américain du géant du Web, il est en effet possible de se procurer des objets tels que des drapeaux SS, des insignes nazis ou des boîtes de Zyklon B, marchandises interdites de vente en France. Bien que la filiale française du serveur – yahoo.fr – ne propose pas ce type de reliques, rien n'empêche l'internaute de les faire parvenir sur le sol de l'Hexagone, via l'adresse basée aux Etats-Unis, www.yahoo.com.

En mai dernier, le tribunal parisien condamnait la société américaine à prendre des mesures de filtrage pour empêcher l'accès depuis la France au site incriminé. La décision du juge Gomez, basée sur l'interdiction de faire commerce d'objets nazis en France, avait fait l'effet d'une petite bombe dans le milieu du Net. Pour la première fois, un représentant de la justice française s'attaquait à une société de la Nouvelle Economie, de surcroît américaine, et à la liberté d'expression prisée outre-Atlantique.

Jerry Yang, cofondateur de Yahoo, avait alors clairement refusé d'intervenir sur le site hébergé aux Etats-Unis, estimant que la justice française qualifiée de «naïve» ne prenait pas en compte la nature même d'Internet.

Sa réaction avait alors provoqué les foudres de l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur et du MRAP (le Mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples) qui avaient appelé au boycott de Yahoo.

Les expertises requises hier par le Tribunal de grande instance font suite à une demande analogue, faite le 24 juillet dernier. Suite aux doléances des avocats de la société américaine qui jugeaient «difficiles» et «inefficaces» les manipulations à opérer sur le serveur du géant du Web, le procureur avait déjà demandé des compléments d'analyse sur la meilleure méthode se surveillance à employer.