Le grenat est venu donner une touche d'élégance au bleu, qui s'est approfondi. Le grège enserre l'ensemble pour l'apaiser. La police de caractère s'est affinée. La ligne graphique de la nouvelle Tribune de Genève (TG), à sortir le mardi 2 novembre, n'est pas radicalement différente de celle qui habille actuellement le quotidien, mais elle s'en démarque suffisamment pour donner l'impression de tenir un journal neuf entre les mains. Les habitués de la Julie ne remarqueront pas immédiatement le changement. Cette prise de conscience naîtra avec la lecture.

«Soyons honnêtes, lance Dominique von Burg, le rédacteur en chef de la TG. Aujourd'hui, la plupart de nos lecteurs s'emparent de notre deuxième cahier pour les sujets genevois, puis feuillettent à l'envers le reste de nos pages pour prendre connaissance de ce qui s'est passé ailleurs dans le monde.» Dès mardi, la nouvelle maquette leur épargnera cette gymnastique. En page 2, «5 minutes» résume l'actualité, contractée en textes brefs. La suite du cahier a subi la refonte la plus importante: les rubriques «Internationale», «Suisse» et «Economie» (7 pages aujourd'hui) ont été fondues en un ensemble de 5 pages baptisé «Les enjeux» qui demandera à la rédaction de faire des choix dans l'actualité de ces trois domaines. «Un des principaux soucis des journalistes actuellement est de ne rien louper, reprend le rédacteur en chef. Avec la nouvelle formule, nous traiterons de sujets que nous jugerons importants et sur lesquels nous pourrons avant tout apporter un complément original. C'est une manière de prendre en compte que, dans la consommation des médias, les quotidiens viennent après tout le monde.»

Paradoxalement, l'essentiel de cette TG remodelée n'est pas là. Le changement majeur tient dans un effort qui consiste à tordre la force des habitudes afin d'améliorer le contenu des informations genevoises. «Jusqu'à aujourd'hui, le cours des choses voulait que les jeunes journalistes fassent leurs armes en rubrique locale puis la quittent une fois expérimentés. Je veux partiellement inverser cette logique», lance Dominique von Burg.

Un dizaine de journalistes chevronnés (notamment Thierry Mertenat, Jean-Daniel Sallin, Christian Bernet, Edouard Bolleter, Arthur Grosjean) vont désormais se consacrer à des sujets exclusivement locaux publiés dans le deuxième cahier, cœur de cette nouvelle TG. C'est la formalisation d'un état de fait: quotidien axé sur le régional depuis son rachat par Edipresse, la TG se doit de concentrer ses ressources humaines dans ce domaine. «Ces mouvements sont absolument décisifs, reprend le responsable. Nous sommes tous d'accord pour dire que notre priorité est le local mais nous ne le pratiquions pas. Nous allons être plus crédibles à Genève. Mon but est que nos lecteurs soient mieux servis sur l'information genevoise, et s'arrêtent chaque jour sur trois articles du premier cahier.»

Dans ces pages, le remodelage des rubriques est moins important, les innovations moins apparentes. L'accent est mis sur le service, le conseil de consommation et la proximité. L'impression reste pourtant que c'est là que se jouera la réussite du pari de Dominique von Burg («Réinventer le journal régional»). «La logique voudrait que la locale se place désormais en début de journal, confirme le rédacteur en chef. Mais je me refuse à le faire. Cela blesserait le Genevois dans l'idée qu'il se fait de lui-même.»

Cela heurterait également une partie de la rédaction, fraction avec laquelle Dominique von Burg entretient des relations tumultueuses. Chez certains, l'inquiétude est que cette réforme ternisse la réputation de la TG, quotidien d'une Genève internationale rétrécie à ses limites cantonales. «Les lecteurs n'achètent pas la TG pour les informations du monde, répond Dominique von Burg. Et je prétends que même les employés des agences internationales lisent d'abord nos pages locales.»

La nouvelle formule a un autre but: «Casser la courbe de l'érosion des lecteurs et se repositionner dans le paysage médiatique», résume le responsable. La TG, 187 000 lecteurs, troisième quotidien romand derrière Le Matin et 24 heures, n'est pas épargnée par la crise du secteur de la presse, victime de la baisse des annonces. Ses revenus publicitaires ont baissé en 2004, comme ceux de la majorité des titres mais en plus grande proportion. Edipresse a donné pour mission à Dominique von Burg de redresser cette tendance. «A 59 ans, ce sera ma dernière grande aventure professionnelle. Je vais accompagner le lancement de cette formule puis je m'en irai. Je n'exercerai pas ce métier de rédacteur en chef jusqu'à 65 ans», sourit-il.