Portrait 

Julie Schnydrig Kettenacker, Dame Nature

La nouvelle présidente de Pro Natura Genève dirige aussi le secteur de la petite enfance à Carouge. Utile pour sensibiliser les plus jeunes au respect de l’environnement

On la rencontre dans le quartier de Saint-Jean, sur le pont des Délices précisément. Parce qu’elle habite tout à côté, mais aussi parce qu’elle a quelque chose à nous montrer. Quelques marches à gravir et nous sommes sur la tranchée couverte. Une immense dalle posée il y a vingt ans sur ce segment de la liaison ferroviaire Cornavin-Cointrin. Julie Schnydrig Kettenacker explique: «Les nuisances liées aux passages des trains ont été fortement réduites, mais je retiens qu’ici un nouvel espace a été investi de manière exemplaire.» Maison de quartier, bibliothèque, ateliers, crèche, potagers familiaux ont poussé en surface. «Saint-Jean et les Charmilles étaient deux quartiers séparés par le chemin de fer, la tranchée couverte les a réunifiés», se félicite-t-elle.

Surprenant que la nouvelle présidente de Pro Natura Genève ait donné rendez-vous dans un décor urbain. On l’imaginait nous entraîner jusqu’au vallon de l’Allondon, belle rivière sauvage encore habitée par la salamandre tachetée et l’ophrys bourdon. Elle justifie: «Le développement durable passe aussi par plus de cohésion sociale. Il y a dans ce quartier de belles initiatives citoyennes, une attention prêtée aux petites choses liées à la nature, une éducation précoce dispensée aux enfants, un éveil. Il faut encourager cela.» Elle est venue à vélo parce qu’elle file ensuite sur son lieu de travail.

Une famille écolo

Julie est psychologue sociale, responsable du secteur de la petite enfance en ville de Carouge. Deux enfants de 7 et 4 ans, un mari très occupé, lui aussi, et sa récente nomination au poste (bénévole) de présidente de la plus importante association de protection de la nature du canton (7000 membres), voilà qui occupe les journées. «Vous n’imaginez pas combien mon vélo est important. Il garantit mon indépendance et me permet d’être à l’heure partout. Dessus, je chante, je pleure, je parle et je prépare des séances», résume-t-elle. Pourquoi avoir accepté de présider Pro Natura Genève quand on a par ailleurs tant à faire? Depuis 2016, Julie assurait déjà la vice-présidence, et devenir la première femme à accéder à l’échelon supérieur l’a flattée: «Je suis fière de cette nomination, mais ce n’est pas une histoire d’ego, j’aime simplement assumer des responsabilités. Et puis cela fait honneur à mes parents.»

L’éducation à l’environnement est primordiale, à la campagne et en ville.

Julie Schnydrig Kettenacker a grandi dans une famille écolo. Le papa a été chef du Service de la protection de l’environnement de l’Etat du Valais et la maman a milité à la Ligue valaisanne pour la protection de la nature (devenue Pro Natura Valais), ce qui, dans un contexte local plutôt tendu, a valu à la famille Schnydrig quelques pneus crevés et des bonsaïs piétinés. «Je me souviens avant tout de vacances en toute liberté et de camping sauvage en montagne. J’applique désormais ça avec mes enfants, ils s’en vont découvrir les animaux, construire des barrages dans les cours d’eau et ils reviennent au chalet quand ils ont faim.»

Une écoute politique

L’autre jour, elle a déjeuné avec le conseiller d’Etat vert Antonio Hodgers. «Pro Natura est consultée et a un levier politique. Nous siégeons dans des commissions, nous possédons des droits de recours, nous avons un nombre important de partenaires institutionnels, associatifs et politiques avec lesquels la concertation est centrale», insiste-t-elle. La section genevoise entretient et préserve 11 réserves naturelles dans le canton, anime 300 activités par année et accueille 20 000 visiteurs. Julie est opposée à la traversée de la Rade, soutient la liaison ferroviaire Ceva qui incitera à poser la voiture. «C’est avant tout une opportunité pour repenser la ville», souligne-t-elle. Elle cite en exemple la voie verte ouverte depuis avril dernier entre Annemasse et la gare des Eaux-Vives «pleine de vélos et qui est une vraie réussite». Elle a visité cet été New York et a observé les effets bénéfiques de ce type de chemin urbain sur la biodiversité: «On y revoit beaucoup de papillons.»

Le 23 septembre dernier fut une belle journée pour elle: les Suisses ont plébiscité à 74% les pistes cyclables et Pro Natura organisait la troisième édition du Festival Nature et Terroir au vallon de l’Allondon avec des ateliers, un marché de produits locaux bios, des visites guidées thématiques, la projection du film Demain Genève. «Il y a une éco-crèche dans la forêt, les enfants découvrent la nature et leurs cinq sens sont mis en éveil, ils peuvent faire une sieste dans une roulotte», raconte-t-elle. Son activité professionnelle au service de la petite enfance et son engagement avec Pro Natura sont hautement conciliables.

«L’éducation à l’environnement est primordiale, à la campagne et en ville.» Malgré le dérèglement climatique et les glaciers qui fondent, Julie Schnydrig Kettenacker se dit pleine d’espoir «parce que les gens commencent à réellement prendre conscience de ce qui se passe sur notre planète». Cet été, à la nuit tombée, une pipistrelle (petite chauve-souris) a volé dans son salon. Aucune frayeur, un signe heureux au contraire. Elle aime reprendre cette phrase de Robert Hainard: «Chacun va à sa tâche, responsable d’une part du monde.»


PROFIL

1979: Naissance à Lausanne.

2004: Licence de psychologie à l’Université de Genève.

2011: Naissance de Simon.

2014: Naissance de Jonas.

2017: Responsable de la petite enfance à Carouge.

2018: Présidente de Pro Natura Genève.

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