Société

Julien Burri, poète de 19 ans

Vainqueur des deux derniers Prix Jeunes auteurs, concours francophone pour écrivains de 15 à 19 ans, ce jeune Lausannois cherche de nouveaux modes d'expression. Portrait, à quelques jours de l'ouverture du Salon du livre genevois

En une heure et demie de discussion dans son appartement lausannois, nous n'avons pas évoqué Rimbaud. Pourtant, Julien Burri a 19 ans et écrit des poèmes, comme beaucoup de jeunes qui ont lu Le Bateau ivre. Mais lui commence à accumuler publications et récompenses; il a reçu deux années de suite le Prix Jeunes auteurs – une fois pour un texte théâtral, la seconde pour un poème – et, en mai, il lira ses textes aux Journées littéraires de Soleure. Surtout, il a une force qui le rapproche encore de Rimbaud: il est un voyant, un intuitif particulièrement réceptif aux autres: «J'écoute, je suis attentif à moi, aux autres si possible», explique-t-il modestement. Tous ceux qui l'ont croisé sont surpris de son regard. Sans agressivité, sans dramatisation, il s'y inscrit simplement une clairvoyance peu fréquente. Et pas seulement à ce jeune âge. Une chance? Lire les autres n'est pas toujours sans douleur, laisse-t-il entendre.

Ce qui distingue encore Julien des jeunes poètes de son âge, c'est qu'il a travaillé ce genre littéraire après être passé par la dramaturgie. «J'ai commencé à m'intéresser au théâtre il y a environ cinq ans, en suivant des cours chez Gérard Diggelmann. Les premières choses sont venues sous forme de théâtre. Je n'ai pas vraiment réfléchi. Maintenant cela vient sous forme de poésie.»

Il a assez vite pu publier dans de petites revues. Il évoque une «exubérante baronne» qui l'a introduit dans quelques «microcosmes» de poètes en France, en Suisse, mais aussi

en Belgique ou en Angleterre. Surtout, il a su provoquer des rencontres avec «quelques personnes éclairantes»: «Je suis à un âge où je peux encore me permettre d'écrire aux gens pour leur demander simplement un rendez-vous.» Oh! Il n'a pas cherché à rencontrer le Gotha parisien! Mais des gens d'ici, sans doute plus capables d'un échange. Parmi ses personnalités phares, on trouve la photographe Suzi Pilet, le danseur et chorégraphe Philippe Saire, ou encore l'écrivain Gilbert Salem.

«Les gens auxquels je tiens le plus, je les ai rencontrés à travers l'écriture», remarque-t-il. Et il raconte comment un journaliste est entré dans la galerie où une petite exposition – des mots étaient accrochés en vitrine – fêtait le premier de ses Prix Jeunes auteurs afin de l'interviewer. L'histoire ne s'est pas arrêtée là puisque les deux hommes ont depuis choisi de vivre ensemble. Et Julien traduit ses textes en italien avec son ami, également auteur de poésie.

C'est un peu comme si l'écriture de Julien était contagieuse. Sa mère aussi a publié un livre, il y a deux ans. Il a trouvé ça bien, «un peu comme du Duras, avec beaucoup de blanc». Sa mère travaille au CHUV. Son père vend des métaux d'usure pour les gravières. Ce fils unique dit qu'il a eu une enfance heureuse. «Je pensais que je resterais longtemps chez mes parents et puis tout d'un coup j'ai eu envie de partir, de vivre seul», dit-il simplement. C'était au début de l'année dernière. Une année forte puisque le collégien a aussi traversé de longues semaines de maladie, frappé par une méningite.

Pour Julien, l'écriture n'est pas quelque chose de régulier: «La première fois, j'avais 15 ans, j'étais très excité. Il fallait que ça sorte. Maintenant, je suis moins pressé, parce que j'ai changé de vie. Je suis beaucoup plus stable. J'ai un texte en route depuis une année et demie. J'aimerais chaque fois le tirer vers où je suis maintenant.» Julien écrit sur ordinateur et souvent en musique. «Je peux choisir des choses plutôt mauvaises. C'est juste pour le rythme. Si c'était trop bien, j'écouterais, je n'écrirais plus.» Et pour que les mots s'enchaînent, «pour poser le pied», il lui faut d'abord du concret. «En commençant par un brin d'herbe, je peux ensuite parler de choses qui sont tout le contraire du palpable. J'aimerais évoquer la rose, la lune, et pourtant ne pas faire poésie type. Certains anciens poèmes me semblent trop juvéniles aujourd'hui.»

Au gymnase, Julien a eu de la chance. Ses camarades ont ainsi répondu à la souscription lancée pour éditer une plaquette de ses poésies. Il faut dire que son professeur de français, Bernard Genier, qu'il a eu trois années de suite, propose à ses élèves de lui rendre tant des textes littéraires que des dissertations. C'est aussi au gymnase, dans le cadre d'un cabaret littéraire, qu'il a monté, avant

le film de Cameron, son Titanic, L'Etreinte des sables, une pièce de théâtre, résultat d'une vieille passion. «J'avais été impressionné quand j'étais petit. Ils avaient retrouvé l'épave. Je suis même devenu membre de l'Association des amis du Titanic, au Massachusetts. Plus tard, quand j'ai écrit la pièce, je m'intéressais plus au phénomène comique que cela suscitait avec par exemple la mise au point de faux naufrages, en maquette. Le fait aussi qu'on va prélever des objets pour préserver l'histoire alors qu'en fait on l'efface.» La pièce a fait l'objet de plusieurs interprétations dont une à la Radio romande.

Julien achèvera son parcours au gymnase dans quelques mois. Il espère ensuite entrer aux Beaux-Arts afin d'expérimenter d'autres formes d'expression que l'écriture. Dans

sa bibliothèque, les livres s'alignent impeccablement: «Je lis, je relis surtout. En poésie, il faut déchiffrer comme un blason: Supervielle, Genet, Baudelaire, Cocteau, Pasolini. Mais il faut un peu oublier quand on écrit.»

Et, quand il n'écrit pas, qu'il ne lit pas, que fait Julien? «Je rencontre des amis, je vais dans les musées, au théâtre, au cinéma, à la Cinémathèque», nuance-t-il. Il aime aussi rester dans un intérieur visiblement soigné. Mais le jeune homme donne un sens à ce soin extrême. «J'aime bien faire le ménage, faire de l'ordre. Ça permet de savoir où on en est. J'aime bien aussi prendre un bain. De toute façon le temps passe assez vite.»

Le texte de Julien Burri, comme les autres poèmes primés par le Prix Jeunes auteurs 1998, a été édité par les Editions de l'Hèbe, en association avec Le Temps.

Chez le même éditeur, on peut lire la pièce avec laquelle il a été lauréat en 1997, L'Étreinte des sables. (Prix Jeunes auteurs 1997).

Cette année, ce concours international ouvert aux 15-19 ans récompensera des contes et nouvelles. Renseignements pour la Suisse auprès de Marie-José Broggi, APIJA-CH, rue des Lilas 9, 1202 Genève, tél. 079/ 433 01 06.

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