Une semaine après la révélation de leur vente sur Internet, Kimberley et Belinda, deux jumelles de 7 mois nées à Saint-Louis (USA), sont entre les mains des services sociaux britanniques. Ceux-ci les ont placées auprès de parents provisoires, les quatrièmes depuis qu'elles sont nées, en attendant l'ouverture, mardi, du procès qui doit déterminer si Alan et Judith Kilshaw, le couple gallois qui les a «adoptées» moyennant un chèque, peuvent en conserver la garde. Samedi, le gouvernement britannique, niant hypocritement toute coïncidence, annonçait qu'une nouvelle législation régulant l'adoption d'enfants à l'étranger serait introduite d'ici à avril.

«Dégoûtante»

Cette affaire indigne le public et la classe dirigeante – Tony Blair l'a qualifiée de «dégoûtante». Pourtant, plus les révélations s'additionnent et plus les carences de la loi paraissent criantes. Le commerce d'enfants sur Internet est une affaire qui roule, en marge des structures officielles, avec son inévitable cortège de trafiquants, de pauvres hères et de riches désespérés. L'affaire Kilshaw en offre le tableau saisissant.

Lors d'une soirée, Judith Richardson, divorcée, deux filles (Louisa, aujourd'hui 22 ans, et Caley, de quatre ans sa cadette) rencontre Alan Kilshaw, un avocat. Ils se marient en août 1992 et décident de fonder une famille dans leur ferme de Buckley, pays de Galles. Deux garçons, qui ont aujourd'hui 7 et 4 ans, ne suffisent par à leur bonheur: ils veulent une fille. Judith, 44 ans, suit un traitement pour une fécondation in vitro, sans succès. Elle cherche une mère porteuse, sans plus de réussite. L'adoption s'impose. Les conditions à remplir en Grande-Bretagne étant «décourageantes» pour un couple de cet âge, ils se tournent vers l'étranger.

La Roumanie, la Chine et la Thaïlande ont des listes d'attentes pour les bébés filles, et les Kilshaw sont pressés. Un soir, Caley découvre sur Internet des sites d'adoption. Une certaine Tina Johnson, de l'agence «A Caring Heart» («Un cœur aimant») en Californie, rappelle le couple gallois: «J'ai ce qu'il vous faut, une petite fille blanche.» Les Kilshaw lui versent 12 500 dollars.

La fille promise n'arrive pas. En novembre dernier, les Kilshaw s'apprêtent à attaquer Tina Johnson quand celle-ci leur parle de deux jumelles métisses. Leur mère, Tranda Wecker, caissière célibataire de 28 ans de Saint-Louis, a déjà trois enfants à charge, elle veut placer les jumelles. Le couple gallois s'envole pour la Californie. Mais au moment de conclure l'affaire, en présence de la mère des jumelles, un individu menace la troupe: c'est le frère de Richard Allen, qui avec sa femme Vickie a déjà payé 4000 dollars pour les fillettes. Wecker et Johnson les ont récupérées par la ruse, et tentent de les vendre une deuxième fois. Aujourd'hui, Tranda Wecker ne sait plus où elle en est, mais personne ne sait où est Tina Johnson qui a quitté sa luxueuse villa californienne.

Poursuivis par les Allen, les Kilshaw traversent les Etats-Unis afin de décrocher des papiers d'adoption pour Kimberley et Belinda. Ils obtiennent deux passeports à Chicago, puis prennent le premier avion pour Manchester. C'est Noël.

Il y a dix jours, le couple apprend que Richard et Vickie Allen ont averti le FBI. Ils décident «de contre-attaquer les premiers», explique Judith Kilshaw. En racontant tout au Sun, le tabloïd le plus lu de Grande-Bretagne.

Totale impudeur

Depuis, d'interviews en déclarations, les Kilshaw creusent leur tombe avec une obstination stupéfiante, dévoilant leur personnalité en totale impudeur. La ferme qu'ils occupent se révèle être un souk. Madame est surprise à 4 heures du matin, ivre, la nuit même où les deux bébés ont été saisis par les services sociaux. Le couple s'est montré à la télé, elle en tenue de soirée, lui se vantant qu'un producteur hollywoodien veut faire un film de leur histoire.

Le pompon est atteint avec les dernières révélations de la presse: Judith clame qu'elle donne dans la sorcellerie, et qu'elle usera de magie noire. Sa fille aînée raconte comment elle lui a demandé d'être sa mère porteuse, moyennant 3000 livres!

Pendant ce temps, d'autres couples confessent des histoires d'enfants achetés sur Internet. La centaine de sites qui les proposent, parfois sous un seul numéro de code, continuent leur business, avec réductions spéciales pour enfants infirmes.