Sous une pluie de confettis et des jets de fumée, un maillot aux couleurs de son équipe sur le dos, Karim «Airwaks» Benghalia soulève son trophée, une petite pioche plantée dans une caisse dorée. A ses côtés se trouve son partenaire de jeu, le DJ américain Henry Alfred Steinway, RL Grime de son nom de scène. Ils viennent de remporter, pour la deuxième fois consécutive le tournoi pro-amateur organisé en parallèle de la première Coupe du monde du jeu de tir Fortnite organisée à New York en juillet dernier.

Le principe de ce type de jeu appelé battle royal est simple. Parachutés sur une île virtuelle, les 50 duos réunissant joueurs professionnels et personnalités jouant en dilettante doivent s’assurer d’être les derniers en vie, tandis que la zone de jeu se réduit de plus en plus. Vainqueur à l’issue des quatre manches de cet événement caritatif, Karim Benghalia et son partenaire ont reversé leurs gains, un million de dollars, au WWF.

Du loisir à la compétition

Né à Genève le 1er septembre 1994, Karim Benghalia est joueur professionnel de jeu vidéo (esport) et l’un des rares Suisses à briller à l’international. Avec près de sept années passées sur la scène compétitive, il est déjà, à 25 ans, un vétéran. «La première fois que j’ai eu le sentiment d’avoir accompli quelque chose, c’est quand j’ai gagné pour la première fois le pro-am [organisé en juin 2019 à Los Angeles, deux mois avant cette deuxième victoire], affirme-t-il. C’était incroyable, et j’espère pouvoir vivre ça encore et encore.»

Lors de cet événement, il s’était aussi fait remarquer pour avoir lancé une petite pique à ses adversaires en les comparant à des bots, ces intelligences artificielles présentes dans les jeux et souvent faciles à éliminer. A l’instar de certains sports de combat, la pratique est courante dans l’esport, mais Karim Benghalia préfère se concentrer sur l’aspect compétitif et rester loin des feux médiatiques. «On commence à me reconnaître dans la rue, mais ce n'est pas vraiment quelque chose que je recherche à tout prix», affirme-t-il.

Je me suis donné une année pour réussir dans ce domaine et en même pas six mois j'ai réussi à signer mon premier contrat

Karim Benghalia

Comme de nombreux professionnels, il a commencé à jouer pour son plaisir personnel. Son initiation au jeu vidéo s’est faite en dehors du cadre familial. «Je devais avoir 10 ou 11 ans, se remémore-t-il. J’étais avec des amis, je suis passé près d’un cybercafé où des gens jouaient à Counter Strike [un autre jeu de tir en ligne qui se joue en équipes]. Je me suis dit que ça avait l’air cool et c’est comme ça que j’ai commencé.»

Une reconversion réussie

Mais ne devient pas professionnel qui veut. Les jeux compétitifs les plus populaires revendiquent des millions de joueurs à travers le monde. «Au départ, mes parents l’ont assez mal pris, parce que j’ai mis mes études d’informatique de côté, reconnaît Karim Benghalia. Je me suis donné une année pour réussir dans ce domaine et en même pas six mois j’ai réussi à signer mon premier contrat.»

A ce moment-là, Fortnite n’existe pas encore. Celui qui se fait surnommer Airwaks débute sur le très populaire League of Legends. Un jeu totalement différent, plus axé sur la stratégie, qui se joue en équipes de cinq avec pour but de détruire la base adverse. Karim Benghalia évolue à haut niveau dans plusieurs équipes européennes avant de décider de quitter le jeu. «Je n’avais plus la motivation et plus le niveau pour continuer en tant que professionnel», explique-t-il.

Un ami, Julien «Jbzz» Dupré, lui propose alors de rejoindre la structure Solary, basée à Tours en France, dont il est un des cofondateurs. Karim Benghalia commence alors à streamer (jouer et commenter des parties en ligne de jeu vidéo devant des spectateurs) sur Fortnite. «Quand j’ai vu que je commençais à atteindre un bon niveau, je me suis permis de tenter une deuxième carrière professionnelle sur Fortnite. Surtout quand l’éditeur a annoncé qu’il y avait 100 millions de dollars consacrés à la scène compétitive.» La réussite de cette reconversion, qui équivaut à un changement de discipline pour un sportif, Karim Benghalia l’explique par un entraînement intensif et par les nombreuses heures qu’il a passé sur Counter Strike.

Un milieu précaire

Pour se maintenir au plus haut, Karim Benghalia passe de nombreuses heures à s’entraîner. «Celui qui s’entraîne le plus dur, c’est celui qui performe le mieux», assène-t-il. Depuis le mois de février, il a quitté Solary pour rejoindre une des structures e-sportives les plus importantes d’Europe, la Team Vitality, installée à Paris et présente sur plusieurs jeux. Il y suit un programme qui comprend le temps passé devant l'écran mais aussi un entraînement sportif.

Mais l’organisation des compétitions reste soumise à la volonté de l’éditeur de Fortnite, Epic Games. Ce dernier vient seulement de dévoiler son calendrier compétitif pour l’année, après avoir laissé les joueurs dans le flou pendant plusieurs mois. Face à cette situation, Airwaks n’exclut pas de changer de jeu une nouvelle fois. Dans le milieu, il n’est pas rare de prendre sa retraite bien avant la trentaine. Mais pour le moment, Karim Benghalia n’envisage pas d’arrêter.


Profil

1994 Naissance à Genève.

2013 Débute comme joueur professionnel de «League of Legends».

2018 Se reconvertit sur le jeu «Fortnite».

2019 Remporte deux éditions du tournoi pro-amateur de «Fortnite».

2020 Rejoint la Team Vitality à Paris.


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