Architecture

Kengo Kuma, l’architecte qui domine les éléments

Le Japonais a animé à Genève la troisième conférence du cycle «10 ans 10 regards» de la Maison de l’architecture. Au programme, son œuvre inspirée de la nature ainsi qu’un coup d’œil sur son futur projet genevois

Pour ses 10 ans, la Maison de l’architecture de Genève s’offre quelques stars de l’architecture. Après Thierry Paquot (France) et James O’Callaghan (Canada), Kengo Kuma est venu du Japon apporter son regard sur l’architecture. Au-delà du fait de bâtir, car aucun thème n’a été imposé. «Je travaille volontiers en Suisse, connectée au Japon par des similitudes dans les processus de construction et les matériaux d’excellente qualité, comme le bois des chalets de montagne, dont le traitement et la manufacture ressemblent aux usages japonais», argue Kengo Kuma, qui connaît bien notre pays pour y avoir construit l’ArtLab de l’EPFL en 2016 et supervisé, aux côtés de David Chipperfield, le concours d’architecture de la phase 2 du projet de Pôle muséal lausannois.

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Lauréat du Global Award en 2016, Kengo Kuma a été sélectionné en 2017 pour construire la résidence pour étudiants de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève. Son projet a séduit par sa force, sa sobriété et son élégance ainsi que par une réflexion sur la protection solaire et l’économie d’énergie: «Je souhaite bâtir une réponse à la structure et aux lignes des environs de la place des Nations et proposer des toitures libres avec des espaces accessibles.»

Propice à l'échange

Il présente un concept de résidence propice à l’échange grâce à une promenade le long de la façade autour de la cour intérieure formée par deux bâtiments reliés par une passerelle. Vers l’extérieur, la résidence arbore de grandes ouvertures. «Le travail que nous partageons avec l’agence Kengo Kuma & Associates vise l’efficacité, l’efficience et la précision, observe Pierre Guth, directeur des constructions à l’IHEID. Chaque geste est issu d’une logique technique. Nous nous coordonnons régulièrement par Skype. L’esprit pragmatique de la culture japonaise, lié à une grande connaissance internationale, entre en résonance avec notre volonté de traiter méticuleusement, par exemple, les façades du bâtiment, pour une harmonisation parfaite avec le site.»

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«Locus amoenus»

Le travail de Kengo Kuma est poésie. De celles que l’on peut toucher, décrypter avec les yeux, les mains, les sens. Professeur à la Graduate School of Architecture de l’Université de Tokyo, il s’inspire des traditions des lieux qu’il investit mais ne quitte jamais la technique de vue. «La globalisation est importante, les frontières entre les pays s’effacent et j’enseigne à mes étudiants que les matériaux et les spécificités des lieux, ainsi que l’esprit qui en découle, sont fondamentaux pour le futur de l’architecture.» En Suisse, l’utilisation des technologies, le rôle du design, l’amour et le respect des traditions permettent à Kengo Kuma de travailler selon ses critères.

Surprenants, les tissus comme le sefar ou le tenara dans ses projets futurs, à l’instar de son salon de thé gonflable présenté à Francfort au Musée des arts appliqués: «Chaque décennie a son style. Parmi la quantité de nouveaux matériaux, les fabrics sont en mesure de littéralement changer la définition de l’architecture.»

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Si l’harmonie est le terme phare de la production de Kengo Kuma, son rapport à l’espace permet à ses projets de se fondre dans le décor: «La solution invisible pour répondre au besoin d’intégration au paysage est l’utilisation des éléments environnants. L’architecture traditionnelle japonaise ne distingue pas l’intérieur de l’extérieur. Pour éviter l’air conditionné, j’adapte le bâtiment à ses conditions climatiques, afin d’obtenir une ventilation naturelle et de l’ombre par la construction elle-même, qui finit par contrôler le climat. Un lieu est l’aboutissement du travail du temps. Mon architecture encadre ce processus, pour éprouver plus intimement la nature. La transparence, essentielle, me permet de mettre en scène la lumière.» La pierre peut ainsi paraître aussi aérienne que du bois ou du verre. Son bureau construira dans cette optique de légèreté le principal stade des Jeux olympiques d’été Tokyo 2020.


Constructions efficaces

Kengo Kuma exporte ses méthodes hors du Japon, en érigeant des cloisons en papier de riz, des structures en bambou ou montées selon le système des chidori, voir le Café Starbucks de Fukuoka (Japon). Le principe est fondé sur un vieux jouet japonais: les poutres de bois sont reliées par un système de joint leur permettant de tenir sans clous ni colle. La dimension spirituelle et poétique qu’acquièrent ces réalisations se conjugue à l’efficacité: «Mon rêve est qu’un objet puisse être constitué d’une seule et même unité.» Sa vision de la ville du futur évite les buildings, se rapproche du sol, s’érige à taille humaine, dans une logique de proximité de la nature, une «slow light city», décrit-il.

La végétation, très présente dans ses constructions, la pierre, les éléments et la lumière sont les outils favoris de cet artiste de l’espace qui rappelle un principe de base à ses étudiants: «Il est bon d’utiliser ses mains en sus de son cerveau, c’est en les plongeant dans la matière qu’on apprend à la modeler.»


Maison de l’architecture de Genève, 1200 Genève, www.ma-ge.ch

Lieu des événements et prochaines conférences: Pavillon Sicli, route des Acacias 45, 1227 Les Acacias, www.pavillonsicli.ch

Tatiana Bilbao: jeudi 8 février 2018, 18h30, Pavillon Sicli.
Steven Holl: jeudi 8 mars 2018, 18h30, Pavillon Sicli.

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