Aujourd’hui, nous allons passer de ministres retranchés derrière leur cravate, ou leur nœud papillon, à un tas de pierres significatif. Le «kern» nous permet d’évoquer la lente crise belge qui s’est étalée durant cette année écoulée, et la dépression des finances publiques des pays européens.

En janvier dernier, le gouvernement belge, qui venait de sortir de son record du monde d’absence d’un exécutif dûment désigné, annonçait la suspension de 1 milliard de dépenses prévues. Sur pression de l’UE. La décision était prise par le «kern», comme le résume le titre d’une dépêche de l’agence nationale de presse, Belga: «Le kern gèle temporairement 1 milliard d’euros.»

A n’en pas douter, ce «kern» constitue une particularité belge. Il s’agit d’un conseil restreint regroupant, autour du premier ministre, les vice-premiers ministres, issus en principe des partis politiques dominants dans les deux parties linguistiques principales du pays. A priori, six ministres, trois par formation et par région. Et ce, peu importe leur portefeuille.

Dans ce cas, le terme dériverait du néerlandais «kern», qui évoque un noyau. Par analogie politique, le cœur du système d’Etat, une sorte de quintessence de l’exécutif national.

A l’évocation de ce mot, les amateurs de la Bretagne n’auront pas oublié le celtique «kern», qui désigne ces pierriers parsemant la terre de l’ouest afin de délimiter les propriétés. Un geste terrien, ancien, loin des impératifs de l’actuelle Union européenne. Laquelle compte quand même chaque caillou.