Mode

Kristina Bazan, un modèle à suivre

A 21 ans à peine, la Romande devient 
la première blogueuse à intégrer 
la prestigieuse écurie des égéries L’Oréal Paris. Retour sur un conte de fées mode 
et moderne

Sur sa photo Instagram, sa bouche est inhabituellement farouche, son regard anormalement féroce. Même son eye-liner semble plus aiguisé que d’habitude. Sur le miroir de sa salle de bains improvisée, elle tague au rouge à lèvres #worthit («je le vaux bien»). Depuis hier, c’est officiel: Kristina Bazan est la nouvelle ambassadrice L’Oréal Paris. Fondatrice et auteure du blog de mode Kayture, la Vaudoise devient ainsi la première blogueuse et la première Suissesse à représenter le géant français des cosmétiques à travers le monde, aux côtés du top-modèle Karlie Kloss, de l’actrice Julianne Moore et de la pop star Beyoncé. Un coup de maître pour Mlle Bazan, qui jouit certes d’une nature avantageuse (un visage de poupée russe et des courbes de sirène), mais surtout d’une immense notoriété et d’une aura ultra-glamour sur les réseaux sociaux. Deux millions d’abonnés rien que sur son compte Instagram. Alors, Kristina, heureuse? «Elle est très honorée de rejoindre la famille L’Oréal et espère pouvoir utiliser son nouveau rôle d’égérie pour montrer aux femmes du monde entier que nous pouvons toutes être la meilleure version de nous-mêmes», nous a répondu par e-mail Fiona Zanetti, la meilleure amie de Kristina, également son bras droit.

Cette nouvelle collaboration est également un coup de maître pour L’Oréal, qui frappe juste avant la fin de la fashion week parisienne, lorsque l’euphorie des défilés touche à sa fin. En embauchant Kristina Bazan, la maison française accède à une armée de jeunes filles en fleur accros à la mode et au maquillage, comme elle. «Kristina incarne parfaitement la femme L’Oréal Paris, une femme connectée […] Elle crée elle-même sa propre routine beauté et possède cette incroyable faculté à partager ouvertement ses expériences et à inspirer les femmes à travers le monde», nous assure dans un communiqué Cyril Chapuy, président de L’Oréal Paris. La jeune femme aura pour mission de créer des contenus exclusifs pour la marque de cosmétiques, et devra assister aux nombreux événements organisés par la marque à travers le monde.

Miss photogénie

Son conte de fées moderne, Kristina Bazan se l’est écrit toute seule. Passionnée par la mode depuis son plus jeune âge, cette Vaudoise originaire de Begnins a 17 ans quand elle se présente à l’élection de Miss Suisse 2011. Comme dans un récit de Grimm, l’héroïne fait d’abord face à un échec et Kristina ne remporte pas le titre. Mais, présage de son fabuleux destin numérique, le jury la désigne Miss photogénie. Car poser, capturer la lumière et les regards, l’apprenti mannequin d’origine biélorusse sait faire. Elle le prouve quotidiennement sur Kayture – contraction de Kay, son surnom, et de couture –, le blog qu’elle lance en janvier 2011. On y découvre les pérégrinations mode d’une jeune fille sophistiquée et photographiée sous toutes les coutures par James Vyn, cofondateur du site et petit ami de la «fashionista». Le fameux prince charmant qui, modernité oblige, a troqué son cheval blanc pour un appareil numérique. Deux mois à peine après le lancement de cette petite entreprise, Kristina tape dans l’œil de Vogue Japon, qui l’invite à un grand événement organisé à Tokyo.
Comme par un coup de clic magique, l’histoire s’accélère. Le nombre de visites sur Kayture prend l’ascenseur et Kristina Bazan devient vite une star sur Instagram, l’arme de séduction massive de toute blogueuse qui se respecte. Fascinés par sa beauté slave et son style glam-chic, ses fans – dont 25% se trouveraient en Suisse – la copient et la vénèrent. Ainsi, lorsque Kristina leur donne rendez-vous dans les rues de Paris ou de Milan pendant les fashion weeks, les jambes flanchent, les voix crient, les larmes coulent. L’histoire d’amour n’est plus seulement virtuelle. Elle est devenue réelle. Conscients du potentiel commercial de Mlle Bazan, les marques de prestige se pressent au portillon: Cartier, Chopard, Piaget, Yves Saint Laurent ou Louis Vuitton sont quelques-unes des maisons de luxe à s’être offert les services numériques de la blogueuse. Pour quel salaire? Telle est la grande question. Interviewée par le magazine Bilan en 2013, Kristina Bazan lâchait que «pour un mandat tout simple, on commence à 2000 francs. Les tarifs varient au cas par cas selon la nature du projet – campagne vidéo, photos, apparitions à un événement. Ils peuvent grimper de plusieurs milliers de francs.» Dans le monde des journalistes de mode et des attachés de presse, on chuchote une rémunération de 6000 francs minimum pour un billet sponsorisé sur Instagram. On parle aussi d’un cachet de 150 000 à 200 000 francs pour apparaître à une soirée. Bien entendu, ces chiffres sont invérifiables. Et pour les fans, peu importe. Aujourd’hui, ils rêvent tous de paillettes en voyant leur idole assise au premier rang des grands défilés parisiens.

Businesswoman

Aussi léchée que soit l’image de Kristina Bazan, on aurait tort de ne voir en elle qu’une poupée superficielle et vénale. Car derrière le glamour se cache une incroyable force de travail. Chaque jour, la blogueuse poste une dizaine de photos sur Instagram. Stylisme, coiffure, maquillage, elle fait tout elle-même. Et pas question de porter deux fois la même tenue. Viennent ensuite les billets de blog, environ cinq par semaine, que cette polyglotte rédige elle-même en anglais. Il y a aussi les cocktails et les événements mondains, les shootings, les avions pris aux quatre coins du monde. Etre belle n’est pas seulement un don des fées, c’est aussi un métier dans lequel Kristina excelle.
En août dernier, l’édition sud-africaine du Elle lui a ainsi consacré sa couverture, séduit par la popularité mais aussi le professionnalisme de la jeune femme. Spécialiste chez Cartier Suisse, Elisabeth Guérin loue aussi la curiosité de la blogueuse, ainsi que sa capacité à jongler entre différentes marques aux identités parfois très différentes. «Elle a un rayonnement international impressionnant et dont ne jouissent pas les autres blogueuses. Je pense que c’est pour ça que L’Oréal l’a choisie.» Le vaut-elle bien? De toute évidence, oui.

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