Ce «kyèle» raconte un allègre cheminement linguistique. Durant notre semaine consacrée aux vocables locaux, nous le rencontrons grâce à un «lexique du parler de Savièse», proposé en PDF via un réseau de sites dédiés aux patois. Un glossaire notamment nourri par les perles accumulées par le Père Zacharie Ballet, apprend-t-on. En dilettante de la langue, on découvre au passage la diversité des parlers valaisans, qu’a recensés la Médiathèque du Valais: Saint-Luc, Evolène, Hérémence ou Salvan avaient leurs particularités...

A Savièse, donc, le «kyèle» désignait la présure. Les citadins que nous sommes ne sont pas plus avancés. Obtenons donc en préambule la définition de la présure: une substance extraite de l’estomac des jeunes veaux non sevrés, qui permet de faire cailler le lait. Afin de fournir un exemple de phrase en patois, notre recension saviésanne récite: «N’ën pa méi dé kyèle, to atsetéŗéi ona pèrgąta ba a Chyoun». C’est-à-dire: «Nous n’avons plus de présure, tu achèteras une caillette de veau à Sion.» Au demeurant, on apprend que «kyęle», avec une accentuation différente sur le premier «e», signifie la cloque, pénible prix à payer pour une bonne marche: «Can chéi jou amoū mountanye i atrapį oun grou kyęle ou taon». Eh oui!

Les dictionnaires nous apprennent que la présure, le terme du français légitimé, vient du latin populaire «pre(n)sura», «ce qui est pris». Notre kièle, lui, émane aussi d’une racine latine, mais dans un autre registre: «coagulum» – d’où vient «cailler», précisément. La liaison avec cette damnée cloque au pied n’en apparaît que plus logique. Quoi qu’il en soit, afin de désigner le caillage du lait, les parlers ont pris des chemins diamétralement différents, aboutissant néanmoins au même objet. Sentiers des vallées...