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L'Abbaye cistercienne d'Hauterive à Fribourg.
© Sylvia Revello

Lâcher-prises (1/7)

A l’abbaye d’Hauterive, «la retraite n’est pas une fuite»

A Fribourg, l’abbaye cistercienne du XIIe siècle offre une liberté insoupçonnée, le temps d’une retraite silencieuse de trois jours. Chaque jeudi, Le Temps s’évade et vous propose une halte estivale

A l’arrivée, chaque hôte le reçoit: un horaire imprimé sur une petite feuille verte. Des vigiles aux complies, de 4h15 à 19h50, la journée est rythmée par la prière. Avec un mot d’ordre: le silence. Un brin intimidée, on pénètre entre les murs de pierre de l’église attenante à l’abbaye d’Hauterive, sur les hauteurs de Fribourg. Les premières notes de l’orgue annoncent l’office et le début d’une retraite religieuse qui durera trois jours.

Prendre un temps pour soi, sortir de la frénésie du quotidien: la retraite séduit de plus en plus. Si la formule se décline désormais à l’infini, du yoga au crossfit en passant par la méditation, son origine est avant tout religieuse. Par définition, la retraite est un temps privilégié, à la fois de rupture et d’approfondissement. «Venez à l’écart et reposez-vous un peu», disait Jésus à ses disciples. Se ressourcer dans la prière, pour recevoir la Parole de Dieu.

Faste et déliquescence

Aux abords de Fribourg, l’abbaye d’Hauterive s’étend, majestueuse. Nichée entre un méandre de la Sarine et une falaise abrupte, la bâtisse du XIIe siècle est l’une des plus anciennes institutions cisterciennes de Suisse romande. Au fil de son histoire, l’institution a connu une alternance de périodes fastes et de déliquescence jusqu’au couperet de 1848, où elle disparaît à la suite de la guerre du Sonderbund. Le retour des moines n’a lieu qu’en 1939. Aujourd’hui, ils sont 22 à vivre à l’abri du cloître, selon la Règle de saint Benoît, pilier des ordres bénédictin et cistercien.

Si la vie monastique retient et cadre à l’extrême, elle offre paradoxalement un surplus de liberté. En dehors des offices chantés en français et en latin, l’emploi du temps est libre pour les hôtes. Le premier matin, une sensation étrange de vide. Seule avec soi-même, hors du tumulte quotidien, les minutes semblent soudain trop nombreuses. La réflexion qui nous trotte dans la tête depuis quelques jours s’impose, obstinée, ce lointain dilemme revient à la charge lui aussi, lancinant. Au bord de la Sarine, à l’ombre des arbres, les seuls bruits de la nature pour accompagner la réflexion. Pour la première fois depuis longtemps, on prend le temps.

«La retraite n’est pas une fuite»

«Comme Dieu au septième jour de la création, il faut parfois marquer un temps d’arrêt, explique le père abbé, responsable de la communauté. Dans l’Ancien Testament, Moïse traverse le désert pour servir Dieu. Ce moment de repos est marqué par le Sabbat (dimanche).» D’une voix posée, le frère précise: «La retraite n’est pas une fuite. Celui qui s’échappe pour ne pas affronter la réalité trouve son quotidien inchangé au retour.» Il ne s’agit donc pas de modifier la réalité, mais bien le regard qu’on porte sur elle.

En entrant dans l’église pour les vêpres, on se souvient de cette phrase: Le silence est la condition de l’écoute. Se taire entre les murs de pierre semble presque naturel. Dans la pénombre, les yeux mi-clos, on s’imprègne de la solennité des lieux. Mais le soir venu, autour de la table, le silence devient parfois lourd, pesant. On joue artificiellement sur la langue des signes pour faire circuler le sel, on évite soigneusement les regards gênés de ces inconnus venus eux aussi pour trouver le calme. Dans le parc, plus tard, c’est d’un petit signe de la main qu’on se salue.

Aucun prérequis

Ce week-end-là, les retraitants sont nombreux. «Il y a toujours du monde, confirme le père abbé. Certains viennent pour se préparer à un événement, d’autres pour prendre une décision, d’autres encore parce qu’ils souffrent d’un mal-être. Mais le besoin n’est pas forcément explicite.» Des croyants, mais pas seulement. A l’abbaye, aucun prérequis n’est exigé, si ce n’est le respect des lieux.

Pas de jugement donc, si ce n’est celui qu’on porte sur soi-même. Au cœur du cloître qu’on visite sous la bonne garde d’une bénévole, la piété, la dévotion intimident. On ne peut s’empêcher d’admirer le miracle de la foi, celui qui pousse des hommes à faire don de leur vie à Dieu. Contrairement aux membres de l’Ordre des chartreux, les cisterciens conservent un lien avec le monde extérieur. Leur porte reste ouverte. Et de cette halte salutaire, chacun garde ce qu’il veut.

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