«Il y a très peu de chances pour qu'elle s'en sorte. Dans ce genre de cas, les chances de survie sont minimes. Le taux de mortalité est de 90 à 95%», a regretté hier l'un des médecins lituaniens de Marie Trintignant. L'actrice française, 41 ans, est hospitalisée à Vilnius dans un coma profond, sous respiration artificielle, sans réaction cérébrale. Elle a semble-t-il été sévèrement battue tôt dimanche matin dans une chambre de l'hôtel Domina Plaza par son ami, Bertrand Cantat, 36 ans, chanteur du groupe bordelais Noir Désir. Marie Trintignant était depuis deux heures dans le coma lorsqu'elle a été admise à l'Hôpital universitaire de Vilnius. Elle a subi en urgence une opération neurochirurgicale destinée à endiguer les effets d'une hémorragie cérébrale.

La police lituanienne suspecte Bertrand Cantat d'avoir blessé son amie, même si l'hypothèse d'un accident n'est pas exclue, l'actrice ayant pu se heurter la tête après avoir été violemment poussée par le chanteur de Noir Désir. Lundi, le journal lituanien Lietuvos Rytas rapportait qu'un touriste italien avait entendu des cris qui provenaient tôt dimanche de la chambre de l'actrice. Les secours ont été appelés par le fils de la victime, Romen Kolinka. Selon lui, Bertrand Cantat a agressé sa mère sous l'effet d'un mélange de médicaments et d'alcool. Cantat a été admis dimanche dans le même hôpital que sa compagne, mais dans un service de toxicologie. Il avait selon les médecins un taux d'alcool «dangereusement élevé» dans le sang. La police de Vilnius a indiqué qu'il faudrait peut-être plusieurs jours, voire plusieurs semaines avant que les autorités décident de l'inculper. La plupart du temps, le suspect ne doit pas – dans ce genre de situation – quitter le pays pendant l'enquête.

Marie Trintignant était à Vilnius pour les besoins du tournage d'un téléfilm sur la vie de la romancière Colette. Cette série en deux épisodes, qui devait être diffusée par France 2 l'année prochaine, est réalisée par la mère de l'actrice, Nadine Trintignant. Son frère Vincent est le premier assistant réalisateur du téléfilm, qui avait également à l'affiche Lambert Wilson, Lio, Jacques Higelin et Barbara Schulz. Le tournage, qui devait s'achever dans quelques jours, a bien sûr été interrompu.

Née en 1962, Marie Trintignant est la fille de l'acteur Jean-Louis Trintignant et de la réalisatrice Nadine Trintignant. Elle a fait sa première apparition cinématographique à l'âge de 4 ans dans une réalisation de sa mère, «Mon amour, mon amour». Mère et fille ont par la suite collaboré dans une dizaine de films, autant pour le cinéma que pour la télévision. Elle a récemment donné la réplique à son père dans deux pièces de théâtre. Marie Trintignant est mère de quatre enfants.

Figure dominante de la scène rock française, Bertrand Cantat est l'archétype du chanteur engagé, combatif, généreux, mais aussi «très bordélique, parfois coléreux et excessivement provocateur», selon des proches contactés par l'agence AP. Créé à Bordeaux au début des années 80, apparu sous ce nom en 1987, le groupe Noir Désir a connu deux ans plus tard son premier succès majeur avec le single «Aux sombres héros de l'amer» (Cantat adore ponctuer ses chansons de jeux de mots plus ou moins vaseux). Un succès qui ne s'est depuis lors jamais démenti. Le dernier CD du groupe, «Des visages, des figures», sorti en 2001, s'est vendu à près d'un million d'exemplaires. Proche d'ATTAC et de l'extrême gauche française, défenseur de nombreuses causes (le Chiapas, José Bové, le Tibet, le peuple palestinien, les immigrés en France), Bertrand Cantat n'a pas craint l'année dernière de s'en prendre lors des Victoires de la musique à Jean-Marie Messier. Celui-ci, ex-PDG de Universal, dont dépend la maison de disques de Noir Désir, Barclay, a eu droit en direct à une retentissante «Lettre au camarade PDG».

La figure titubante du rocker alcoolisé ou drogué qui tape sur sa compagne, quitte à la tuer, appartient hélas à la mythologie du rock, même si elle n'en est pas une composante essentielle. Tina Turner était régulièrement battue dans les années 60 et 70 par son mari Ike, cocaïnomane notoire, au point d'avoir plusieurs côtes et la mâchoire fracturées, sans compter les yeux pochés, coups de pied dans le ventre, menaces de mort et incendies de maisons. Trois mois avant de disparaître des suites d'une overdose, Sid Vicious, le bassiste des Sex Pistols, a poignardé en octobre 1978 sa petite amie du moment, Nancy Spungen, dans une chambre de l'hôtel Chelsea à New York. Et Ozzy Osbourne, arrêté en septembre 1989 après avoir tenté de trucider sa femme Sharon dans une crise de délire éthylique? Et le multirécidiviste Jerry Lee Lewis? Et le producteur Phil Spector, inculpé cet hiver à Hollywood de meurtre sur la personne d'une actrice has been? Mentionnons encore Withney Houston brutalisée par son mari, Bobby Brown, ou encore les réguliers tabassages de jeunes femmes perpétrés par Joey Starr, en avion ou au sol, mais il s'agit ici de rap, donc d'une autre histoire.