Deux fois par mois, lorsque son travail d'infirmier à l'hôpital de Ouahigouya le lui permet, Karim Zango, 39 ans, se rend à Bassantinga. Plus de cent kilomètres dans la poussière rouge du nord du Burkina Faso, dont un peu moins de la moitié en mobylette. Objectif: dispenser sa consultation d'acupuncture. «C'est un projet que j'ai mis sur pied il y a deux ans, explique-t-il au téléphone. J'avais enfin quelque chose à proposer aux gens qui ne pouvaient pas se payer de médicaments. Cela les sauve parfois.»

Karim Zango a suivi une formation ciblée en médecine chinoise grâce à un projet de l'association Acupuncture sans frontières Suisse. Comme ses onze collègues qui ont fini le cycle de cours dispensés par les médecins de l'Association genevoise d'acupuncture membres d'ASF, Karim Zango se considère comme un pionnier. Il a donc ouvert ce poste avancé dans des conditions rustiques mais avec enthousiasme et confiance. Les jours de consultation, les patients défilent. Il faut dire qu'il n'existe pas d'alternative. Dans cette région, il y a un médecin pour 71 842 habitants.

Favoriser l'autonomie

A l'hôpital de Ouahigouya, seul centre hospitalier d'une région de 500 000 habitants, l'infirmier-acupuncteur utilise ses nouvelles ressources. Karim Zango traite, dit-il, sciatiques, épaules, ulcère gastrique, genoux, diarrhées, troubles hormonaux, affections des voies respiratoires, de la peau, des yeux, hypertension, otites. «J'utilise également cette approche dans les cas qui résistent au traitement médical classique, et ça marche souvent. Mes confrères et moi rencontrons beaucoup de succès. Une de mes collègues sage-femme trouve cette méthode très efficace. Il faudrait former plus de monde.»

Karim Zango illustre parfaitement les objectifs d'ASF: donner aux soignants des pays pauvres un «outil» pour les aider à faire face à la demande avec peu de moyens. L'organisation leur fournit donc gratuitement une formation de base en acupuncture, en neuf semaines environ, ainsi que le matériel nécessaire et un suivi au cours des années. Il n'est pas rare par exemple que les anciens élèves de Ouahigouya exposent leurs problèmes médicaux par e-mail aux médecins qui les ont formé à Genève. L'idée d'ASF est avant tout de favoriser l'autonomie des lieux de soins et des soignants des pays en voie de développement. A l'opposé de la démarche consistant à envoyer des médecins étrangers sur place.

C'est en France qu'est née l'idée d'Acupuncture sans frontières. Elle a essaimé en Suisse, en Italie et, tout récemment, en Belgique. Samedi matin ces associations présenteront leurs projets respectifs à l'Hôpital cantonal de Genève.

Karim Zango aurait dû être présent mais il n'a pu venir faute de visa. Ce qu'il regrette amèrement car il avait préparé une présentation sur l'expérience burkinabaise. Il comptait aussi lancer un appel pour la formation de nouveaux infirmiers, car ASF intervient à la demande des pays intéressés.

«Acupuncture dans le Tiers-monde; une alternative?» Journée d'information d'Acupuncture sans frontières Suisse, de 9-13 h, salle Opéra de l'Hôpital cantonal de Genève, entrée libre.