Laetitia Hallyday et son vieux Johnny de mari reviennent du Vietnam avec une petite Jade de 3 mois, adoptée en un temps record. Angelina Jolie se prépare à accueillir un second enfant venu du Cambodge. Dans Holy Lola, Bertrand Tavernier met en scène une famille que son désir d'enfant mène également au pays des Khmers. Au moment où les spots du spectacle sont tournés vers l'adoption internationale, lui donnant un maquillage quelque peu irréel, Terre des hommes sort un petit livre: L'adoption dans tous ses états. C'est le fruit de plus de quarante ans d'expérience dans le domaine de l'adoption, mais aussi un état des lieux qui permet de se faire une idée de la situation internationale. Constat: le trafic d'enfants ne s'est jamais si bien porté car la demande excède de loin les besoins de placement. Décryptage avec Simone Hürzeler-Caramore, collaboratrice au service d'adoption de Terre des hommes, qui a coécrit la brochure.

Le Temps: La tentation de prendre des raccourcis pour réussir à adopter rapidement est bien réelle pour les couples en mal d'enfant. Est-ce que la médiatisation de l'adoption internationale à travers les vedettes a eu un effet sur ces pratiques qui alimentent le trafic d'enfants?

Simone Hürzeler-Caramore: Cela fait croire que l'adoption est facile, alors que c'est toujours une démarche compliquée. Laetitia Hallyday semble être allée chercher un bébé au Vietnam pour panser une blessure, celle causée par la perte de son propre bébé. Mais une adoption est avant tout une mesure d'aide sociale. Il ne s'agit pas de «fournir des gosses» à tout prix. Et lorsque Angelina Jolie, ambassadrice de l'Unicef, adopte au Cambodge, même si elle le fait dans les règles, elle donne le sentiment que ce pays est sûr. Or, ce n'est pas le cas.

– Terre des hommes a été précurseur de l'adoption internationale en Suisse. Il s'agissait dans les années 60-70 d'apporter une aide humanitaire en donnant une famille à des enfants de pays en guerre et dépourvus de tout. Aujourd'hui, le nombre d'enfants à adopter a chuté, et les demandes sont bien supérieures. Quelles en sont les raisons?

– Nous sommes passés de l'adoption en Suisse, via Tdh, d'environ trois cents enfants par an à une vingtaine. Alors qu'aujourd'hui nous recevons deux à trois demandes par jour, soit un millier par an. Il y a de moins en moins d'enfants adoptables dans leur pays d'origine parce que ce doit être l'ultime solution. Avant de s'y résigner, il faut essayer de retrouver les parents. Et s'ils ne sont plus là, il est important de chercher une famille adoptive dans le pays même. En Inde, c'est le cas de 65% des enfants à adopter. Nous recevons les autres. Nous cherchons des familles pour les enfants et non l'inverse.

Globalement, l'adoption internationale génère un chiffre d'affaires de 6, 3 milliards de dollars, selon l'organisation internationale Advocate for children. Les enjeux sont donc énormes.

– Les temps d'attente sont très longs pour les personnes qui passent par les filières officielles, la tentation est grande de se débrouiller seul. Comment est-ce que cela se passe en Suisse?

– Il suffit d'obtenir une autorisation de la Confédération auprès d'un des 16 intermédiaires agréés. A partir de là, les parents peuvent choisir de passer par une institution ou de se débrouiller seuls. Dans le second cas, il y a de grands risques de se trouver pris dans un trafic. Nous recevons fréquemment des propositions d'enfants à adopter, par mail, par téléphone. Il faut être très prudent. Nous avons renoncé à travailler avec certains pays car nous craignons les rapts, les fausses déclarations. Il faut se méfier des prix exorbitants, des cadeaux «indispensables» à un directeur d'orphelinat, de l'obligation de prendre un traducteur ou un chauffeur. Car ces personnes dépendent de nous et elles vont se débrouiller pour trouver un enfant de façon à avoir un travail. C'est une erreur de vouloir agir vite, avant d'adopter un enfant il faut être sûr qu'il n'y a pas d'autres solutions.

– Quelles sont les pratiques les plus courantes pour avoir un enfant à tout prix?

– La forte demande des parents génère un marché gris. Par exemple, un père occidental se rend en Amérique latine et signe une reconnaissance en paternité à une femme qui vient d'accoucher, puis il part avec l'enfant. Dans certains cas, l'intermédiaire fait croire à la mère que son bébé a besoin d'être opéré à l'étranger. Pour cela elle doit signer un accord d'adoption et elle ne revoit plus son enfant. En Chine, selon l'Unicef, 250 000 femmes et enfants ont été victimes de trafic.