Le réseau de pédophilie découvert à Zandvoort, près d'Amsterdam, prouve que «les Pays-Bas sont devenus un centre important de production et de distribution d'images pédophiles», affirme le NRC Handelsblad. Le quotidien de référence néerlandais fait écho à d'autres voix qui s'interrogent sur les conséquences plus générales de l'affaire: «La culture néerlandaise de «vivre et laisser vivre» est trop souvent brandie comme un bouclier contre les critiques. Mais la réalité a de quoi en dégriser plus d'un. Oui, les Pays-Bas sont devenus, du fait de leur culture tolérante en matière de drogue, un producteur et un distributeur important d'ecstasy en Europe. […] Oui, les Pays-Bas ont, par leur culture libérale en matière de mœurs, créé un terreau pour la pédophilie. Mais les récents événements nous contraignent à nous poser la question: cette tolérance qui nous a fait tant de bien est-elle encore à notre avantage dans les années 90?»

S'il est encore trop tôt pour affirmer que ces questions déboucheront sur le bouleversement d'une culture de tolérance – d'hypocrisie légale, affirment ses détracteurs – ancrée dans les siècles, un fait est d'ores et déjà certain: la découverte d'un des pires réseaux de pédophilie à ce jour embarrasse les Néerlandais.

Que l'affaire soit sérieuse ne fait plus aucun doute. Les journalistes et spécialistes qui ont eu accès aux photos et vidéos trouvées chez Gerry Ulrich, l'un des pivots du réseau, en font une description qui soulève le cœur: clichés animés de très petits enfants débarrassés de leurs couches avant d'être sodomisés et de subir d'autres viols anaux et oraux.

Mardi, le Ministère autrichien des affaires étrangères, actuellement président de l'Union Européenne, a critiqué le laxisme des Pays-Bas. Confronté à ces attaques tant nationales qu'internationales, le Ministère de la justice de La Haye a répliqué par deux arguments: d'une part, le ministère affirme avoir créé un «Meldpunt Kinderporno», dont l'objectif est de faire la chasse aux pédophiles sur le Net. Or, la seule contribution du gouvernement au Meldpunt Kinderporno a été la présence du ministre, Winnie Sorgdrager, lors de son inauguration, en mai 1996.

L'association est en fait née uniquement de la volonté de particuliers. Malgré son excellent travail, elle n'a reçu aucune subvention d'un Etat pourtant large en la matière. Pire encore, sur une trentaine d'affaires sérieuses communiquées à la police, «seules trois ont débouché sur une enquête, alors que, dans certains cas, nous avons même donné les identités des pédophiles», affirme sa fondatrice, Christine Karman.

D'autre part, le ministère rappelle avoir mis sur pied un groupe de travail sur la pédophilie sur Internet. Mais l'initiative a de quoi faire sourire: malgré l'affaire de Zandvoort, le magistrat qui la préside, Josien Mooijen, s'absente pour trois semaines. Vacances obligent.