Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Des manifestants à New York, devant les bureaux d’un procureur qui avait décidé de ne pas poursuivre Weinstein en 2015.
© Spencer Platt / Getty Images

Harcèlement

L’affaire Weinstein traverse l’Atlantique

Pendant le week-end, sous le hashtag #balancetonporc, des milliers de témoignages de femmes victimes de harcèlement ont déferlé sur la Toile. La vague de messages confirme que le phénomène dépasse largement le milieu du cinéma. Tous les métiers sont touchés

Le séisme a traversé l’Atlantique. Son épicentre gît dans les tréfonds d'Hollywood, plus précisément dans l’empire du magnat de la place, Harvey Weinstein, qu’on imagine désormais plus souvent en peignoir qu’en costard. En mettant fin au silence qui étouffait le cinéma hollywoodien depuis des décennies, non seulement l’affaire Harvey Weinstein est née, le principal concerné est inculpé, mais les paroles des femmes aux Etats-Unis et en Europe se sont libérées.

Le poids de la honte et la difficulté de témoigner restent un obstacle. C’est donc surtout sur les réseaux sociaux et par la création de mots clés et autres campagnes Twitter que les langues se sont déliées. Tout a commencé le 5 octobre quand l’écrivaine canadienne Anne T. Donahue propose, dans la foulée du scandale, que les femmes victimes de harcèlement sortent du silence et dénoncent «leur Harvey Weinstein». En traversant l’Atlantique, la campagne s’est transformée en un mot-dièse, #balancetonporc, une référence au surnom «pig» dont jouit Harvey Weinstein.

La Suisse aussi

La Suisse ne fait pas exception. Le tsunami qui a essentiellement déferlé dans l’Hexagone pendant le week-end a vite dépassé les frontières. Sous le même mot clé ou sous le nouveau venu #MeToo, les messages fusent encore.

Lire aussi:  Qu’on en soit victime ou témoin: que faire en cas de harcèlement sexuel?

C’est la journaliste française Sandra Muller qui a lancé le mouvement européen par un tweet lancé vendredi soir: «Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends», écrivait-elle dans la soirée, désirant briser l’omerta qui régnerait dans tous les milieux professionnels de tous les pays.

Dans un second message, elle livre son expérience personnelle. Un ancien responsable de chaîne n’aurait pas hésité à lui déclarer: «Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit.»

La Toile française en émoi

Secousses. Le sismographe de Twitter n’a fait qu’un bond. Et le #balancetonporc est venu se classer, durant le week-end, parmi les mots-dièse les plus évoqués de la Toile française. A l’heure où ces lignes sont écrites, 200 000 tweets ont mentionné le mot clé et des milliers de messages ont été publiés, donnant à la France des airs de pays où règne une forme de «promotion canapé».

Habitué aux réseaux, c’est surtout le milieu des journalistes, puis celui de la mode, qui a fait écho en 140 caractères à l’appel de Sandra Muller. L’animatrice de France Inter Giulia Foïs écrit: «Un red chef [rédacteur en chef], grande radio, petit couloir, m’attrapant par la gorge: «Un jour, je vais te baiser, que tu le veuilles ou non.» La chroniqueuse et actrice Julia Molkhou enchaîne: «Animateur-prod télé dont je refusais les avances: «Tu ne bosseras plus jamais petite pute! Plus jamais tu m’entends??!!!!» Il y a aussi la journaliste de Montréal Linda Achour, qui twitte les paroles d’un supérieur: «Avec ta voix de chaudasse, tu devrais songer à faire autre chose que de la radio, tu vois ce que je veux dire.»

Un baromètre fiable?

Dimanche soir, le tableau du monde professionnel peint par la twittosphère était sombre. Tous les rapports de dominance homme-femme sont dépeints sans fard.

Sur France Inter, lundi matin, la chroniqueuse Sophia Aram trouvait un élément de réponse dans les écrits de saint Paul: «Dieu est le chef de l’homme et l’homme est le chef de la femme.» Les mains égarées derrière un bureau ou lors d’un entretien d’embauche, les paroles désobligeantes ou les invitations incongrues découleraient selon la chroniqueuse directement de la religion. Ils seraient donc profondément ancrés dans notre société. «C’est le deal. Voila des siècles que pour acheter la soumission des hommes, les religieux de tous poils ont offert en échange la domination des hommes sur les femmes.»

Lire aussi: Geneviève Fraisse: «L’affaire Weinstein n’est pas un dérapage mais fait partie du système»

Les dialogues sur les réseaux sociaux ne vont pas jusqu’à invoquer saint Paul. Sur Twitter, on témoigne et on condamne. Le réseau incarne le porte-voix des victimes. Est-il un baromètre fiable? La question mérite d’être posée. Mais le nombre élevé de témoignages et leurs échos confirment qu’il s’agit là d’un véritable problème de société.

Twitter offre une communauté et permet aux victimes d’être soutenues

Pour la députée écologiste vaudoise Léonore Porchet, la libération de la parole des femmes est nécessaire, peu importe le vecteur. «Les harcèlements sexuels sont fréquents et leurs conséquences sont lourdes sur les carrières professionnelles des victimes ainsi que sur leur intégrité. Twitter offre une communauté et permet aux victimes d’être soutenues. La justice est quant à elle très peu armée pour lutter contre le harcèlement sexuel et il est très difficile de prouver ces faits. De plus, la parole des victimes est systématiquement remise en doute.»

Le pouvoir du silence

Au-delà de la volonté de faire de Twitter un tribunal populaire, ces publications soulèvent une autre question. Quelle est leur efficacité? Peuvent-elles aider à endiguer ou à prévenir ces actes de perversion? L’affaire DSK a fait du bruit. Celle de Bill Cosby a fait des vagues. Le cigare de Bill Clinton n’a pas été fumé. Mais chaque fois, le silence s’est ensuite installé.

Retrouvez notre dossier:  Harcèlement et agression sexuels: la loi du silence

En Suisse, plus précisément à Lausanne, l’enquête pénale qui vise le promoteur immobilier Bernard Nicod pour attouchements sexuels sur une apprentie n’est pas close. Mais l’affaire semble déjà appartenir au passé. Le retentissement qui a suivi les actes d’Harvey Weinstein marquera-t-il un vrai changement dans les mœurs?

Dossier
Harcèlement et agression sexuels, la loi du silence

Publicité
Publicité

La dernière vidéo société

Au Vietnam, on se nourrit volontiers de serpents

Les Vietnamiens sont friands de serpents. On y voit l'influence de la tradition chinoise. Mais la pratique choque, y compris dans les villes du pays

Au Vietnam, on se nourrit volontiers de serpents

n/a