Son crime avait effrayé le monde entier. L'éventualité de la libération anticipée en 2008 pour bonne conduite d'Armin Meiwes, le «cannibale de Rotenburg», glace l'Allemagne. Au printemps dernier, la Cour fédérale de justice (BGH) avait considéré que huit ans et demi d'emprisonnement pour le crime hors norme commis par Armin Meiwes était un jugement trop clément au regard de la gravité des faits avérés. La justice allemande, dont l'objectif est de le faire enfermer définitivement, juge dès aujourd'hui en appel ce criminel qui inquiète tout un pays.

Lors de l'été 2000, ce technicien en informatique à la quarantaine athlétique se faisant surnommer Franky avait passé une annonce sur Internet où il manifestait son désir d'avoir une relation homosexuelle avec un partenaire avant de le tuer lentement pour finalement le manger. «Es-tu normalement constitué, âgé entre 18 et 30 ans et veux-tu être sacrifié? Alors, viens à moi, je le ferai», avait-il écrit en guise d'invitation macabre.

Deux cents réponses

Armin Meiwes reçut dans les mois suivants plus de deux cents réponses envoyées par des internautes voulant être torturés, tués et mangés et qui fréquentaient comme lui un forum sur le cannibalisme seulement accessible en passant par IRC (Internet Relay Chat), un espace de discussion en direct.

Après mûre réflexion, Armin Meiwes jeta son dévolu sur un ingénieur berlinois de 43 ans, Bernd Jürgen Brandes. Celui-ci lui avait répondu qu'il vivait avec une amie mais qu'il était prêt au sacrifice. Leur fatale rencontre eut lieu en mars 2001 dans la résidence familiale d'Armin Meiwes à Rotenburg près de Kassel où Brandes se rendit après avoir acheté un aller simple en train.

Face à la caméra vidéo qui enregistrera pendant plusieurs heures l'intégralité de l'insupportable scène, Armin Meiwes fit d'abord l'amour à Bernd Jürgen Brandes qui le lui avait demandé en préliminaire. Toujours à sa demande, Armin Meiwes lui tranchera ensuite le pénis avant de le faire frire pour le manger en sa compagnie. Ingurgitant quantité d'alcool pour alléger ses souffrances, Bernd Jürgen Brandes perdit peu à peu conscience, ce qui permit à Armin Meiwes de passer à la suite de sa diabolique exécution. Il acheva sa victime avant de le décapiter et le dépecer comme un animal dans un abattoir.

On apprit lors du premier procès qu'il avait auparavant étudié les techniques de découpage utilisées par les bouchers. Par la suite, l'enquête établit qu'après avoir enterré le corps mutilé de sa victime, Armin Meiwes aurait consommé - agrémenté d'une sauce piquante et de pommes de terre - près de vingt kilos de chair humaine qu'il avait stockés dans son congélateur. La police criminelle a pu aussi établir qu'entre ce premier crime et son arrestation en décembre 2001, Armin Meiwes a continué de passer son annonce pour trouver d'autres victimes.

Un internaute, jeune étudiant à Innsbruck où la fascination pour le cannibalisme a de nombreux adeptes, intrigué par le libellé du texte, signalera l'anomalie aux enquêteurs qui finiront par en trouver l'auteur. Celui-ci avouera rapidement ses funestes pratiques et déclarera devant ses juges: «J'imaginais que celui qui voulait être en moi ne voulait plus jamais me quitter.»

Pendant son procès, il ne manifesta que peu de regrets et avoua qu'il aurait pu recommencer si une autre victime activement consentante s'était présentée à lui.

Qualification d'assassinat non retenue

En janvier 2004, le premier procès n'avait retenu contre Armin Meiwes que le crime d'homicide car la qualification d'assassinat ne pouvait être invoquée en raison de la «volonté consentante» de Bernd Jürgen Brandes d'être exécuté comme il le lui demande clairement sur la vidéo qui a enregistré toute la scène. Le cannibalisme n'existe pas non plus dans le Code pénal allemand.

Cette première sentence indulgente a suscité de nombreuses critiques. La justice allemande prit donc la décision, en avril 2005, de refaire comparaître en appel Armin Meiwes devant la 21e Chambre criminelle du tribunal correctionnel de Francfort. Ce deuxième procès commence aujourd'hui. Mais pour pouvoir le condamner à vie, les juges auront à définir si Armin Meiwes a véritablement commis un assassinat (paragraphe 211 du Code pénal allemand), rejeter la thèse de l'homicide (paragraphe 212) et anéantir la thèse la moins accablante car assimilable à l'euthanasie, c'est-à-dire l'«homicide sur demande» (paragraphe 216) d'un volontaire désireux de se faire manger.

Pour y arriver, les juges de Francfort devront visionner les heures de cassettes vidéo et examiner chaque détail sanglant s'ils veulent trouver une série de motifs - plaisir, satisfaction sexuelle, basse moralité - susceptibles de leur permettre de sanctionner sévèrement Armin Meiwes dont les experts ont dit en première instance qu'il n'était pas irresponsable dans la mesure où il comprenait les faits reprochés.

Le criminologue Arthur Kreuzer pense qu'il aurait mieux valu que l'Etat place Armin Meiwes en détention préventive permanente dans un institut psychiatrique spécialisé plutôt que de chercher à le faire «condamner à partir d'arguties juridiques peu convaincantes».

Un autre élément inquiète les Allemands. L'histoire d'Armin Meiwes connaît une relative célébrité. Elle a inspiré des auteurs d'ouvrages d'horreur, le groupe de rock Rammstein qui en a fait son titre d'album Mein Teil et un cinéaste, Martin Weisz, dont le film Rotenburg sortira sur les écrans allemands début mars. Armin Meiwes les a tous assignés en justice pour l'avoir dépeint comme un «bestial killer».