Couples atypiques

L’amour à l’épreuve de la fécondation in vitro

Pour avoir Manon, petite princesse aux cheveux blonds, Edith et Olivier ont dû recourir quatre fois à la procréation médicalement assistée. Que devient la relation soumise à une telle mobilisation?

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Edith et Olivier ont dû souvent méditer sur la fin convenue des contes de fées. Car, heureux ils l’ont toujours été, depuis ce mois de juillet 2009 où ils se sont rencontrés. Mais pour ce qui est des enfants, le défi a été bien plus difficile à relever. La jolie Manon, 3 ans, qui gambade entre les balançoires et le toboggan, relève presque du prodige.

Edith a dû recourir à quatre fécondations in vitro (FIV) pour que l’enfant paraisse. Comment un couple reste-t-il uni quand le désir de procréer peine à être assouvi? Comment ne pas remettre en question la légitimité de la relation lorsque la nature refuse de célébrer cette union? «En évitant justement toute interprétation, répond Olivier. Les faits, rien que les faits, tel a été notre credo. Sinon, c’est l’escalade de l’imagination et de l’émotion.»

A 37 ans, ne pas attendre pour consulter

On se rencontre dans un paysage alpin où les sommets, aigus et minéraux, font écho à l’exigence de l’expérience. Bientôt le soleil va percer, mais, pour l’instant, les nuages amassés rendent le relief pesant et menaçant. Avoir un enfant. Une plaisanterie pour certains, une énigme pour d’autres. «J’ai toujours su que je serais mère», débute Edith. «Comme à 35 ans, je n’étais pas dans une relation stable, j’ai entamé des démarches pour une adoption en tant que célibataire.»

Active dans la gestion culturelle, Edith est du genre à faire sa vie plutôt qu’à se faire défaire par la vie. Une battante. «Quand j’ai rencontré Olivier, j’avais 37 ans. Sans abandonner les démarches pour l’adoption, la question de l’enfant naturel s’est posée.» A cet âge, disent les spécialistes, il ne faut pas attendre pour consulter. Si l’enfant ne vient pas dans les six mois, mieux vaut investiguer. C’est aussi la conviction d’Olivier, 40 ans à l’époque, qui est un pragmatique optimiste. «Le spécialiste a été clair. Alors qu’on pensait à une simple stimulation, le médecin a tout de suite parlé de la fécondation in vitro.»

«Pensons ensemble, pensons efficace»

«C’était un choc pour moi, se souvient Edith. Je ne voulais pas me faire opérer et je ne voulais pas que les choses se passent en dehors de mon corps, j’ai dit: non, ça n’arrivera pas!» Olivier, musicien, n’est ni un excité, ni un tortionnaire. Le choix d’Edith, il l’aurait tout à fait respecté. Mais là, il a réalisé que sa compagne était mue par la colère et l’a raisonnée. «Je me suis toujours dit: pensons ensemble et pensons efficace», résume l’artiste. «On sait très bien que la fertilité chez une femme chute considérablement après 35 ans. Pourquoi perdre du temps à essayer en vain?»

Edith accepte la FIV et, comme elle ne fait rien à moitié, lance toute son âme dans la bataille en pensant que, vu l’investissement en soins, en temps et en argent (plus de 17 000 francs), un seul traitement suffira. En novembre 2010, la première fécondation est lancée avec piqûres dans le ventre pour la stimulation ovarienne et re-piqûres dans le ventre pour stopper l’ovulation, avant de la déclencher à nouveau, juste avant le prélèvement des ovocytes. Bref, de grands travaux qui font plus chaussée ouverte que cœur à prendre. Et l’amour, dans tout ça?

Jamais, jamais, Olivier ne m’a mise sous pression

«On est arrivés à garder une belle complicité, répond Edith. A ne pas s’oublier. Même si, entre les soins et les soucis, la fatigue et les déceptions, la relation a parfois perdu en légèreté. Mais l’amour a grandi. Car jamais, jamais, je le souligne et je l’admire pour ça, Olivier ne m’a mise sous pression. Il a été exemplaire dans le soutien éclairé. Sans lui, je n’y serai pas arrivée.»

C’est qu’il a fallu plus d’un essai pour que le bébé devienne une réalité. Quatre FIV au total, dont la dernière s’est déroulée en Espagne, dans une clinique où tout était calme et volupté.

«Je ne voulais plus, je ne pouvais plus, je n’y croyais plus, se remémore Edith. Deux amies à moi avaient eu des enfants très facilement peu après leur rencontre amoureuse, j’étais démoralisée, j’avais l’impression d’être une tare, je débordais de culpabilité. Là encore, Olivier a trouvé les mots pour me souffler qu’on ne perdait rien à réessayer… Et, miracle, Manon est arrivée!»

Il lui écrit une lettre pour tourner la page

A ce stade, on imagine qu’Olivier s’était programmé pour le succès. C’est faux. Après la troisième FIV sans résultat, l’amoureux a écrit une lettre de consolation à son élue en lui disant très tendrement qu’une page se tournait. «J’avais aussi envie d’être père, mais je constatais l’épuisement physique et moral d’Edith. Sa santé et son bonheur comptaient plus qu’un bébé», témoigne doucement Olivier. Plus largement, le musicien est un peu choqué par «le business que représentent ces interventions. On nous a refait chaque fois tous les examens, on nous a prescrit quantité de vitamines et de tests d’appoint. A se demander si ce n’est pas un juteux marché…»

Avant la quatrième FIV, les époux, mariés depuis 2011, s’étaient remobilisés sur l’adoption, mais là aussi, leur dossier a rencontré d’inexplicables difficultés. Cette question, alors: L’enfant était-il pour eux une condition au bonheur amoureux? «Difficile de répondre maintenant que Manon est là et nous réjouit», observe Edith. Elle réfléchit. «Pas sûr qu’on aurait pu se passer d’être parents. En tout cas, notre message aux couples qui hésitent à entamer une FIV est clair. Osez le faire! C’est dur et ça rend triste parfois, mais, quand ça marche, la récompense vaut tous les efforts. Et le couple en sort plus fort.»


En vidéo

Dans les pays industrialisés, 15 à 20% des couples en âge de reproduction n’arrivent pas à mettre en route une grossesse. Une bonne moitié d’entre eux peut être aidée par la fécondation in vitro (FIV) et par les méthodes qui en dérivent. Un film tourné en milieu hospitalier à Bruxelles présente toutes les étapes de la prise en charge. A voir ici:


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