Eros et controverse

Quand l’amour est pratiqué sans désir

CHRONIQUE. Dix-sept pour cent des rapports sexuels seraient pratiqués sans envie, lisait-on dans le «Journal of Sex Research» en 2010. A l’ère post-«#MeToo», consentir sans désir est-il encore banal? Faut-il se forcer pour sauver son couple, ou pas? Le dilemme serait mal formulé, soulève notre chroniqueuse

Retour de couches, usure du couple, anxiété passagère, différentiel de libido: parfois, au lit, on a moins envie (moins que l’autre, ou moins que d’habitude). On préférerait encore remplir sa déclaration d’impôt ou entamer une collection de boîtes de camembert. Est-ce un drame? Si on croit aux contes de fées, à une synchronisation sexuelle parfaite, tombée toute crue du ciel, oui, absolument. Mais si vous n’êtes ni belle ni bête, ni crapaud ni petite sirène, les libidos non ajustées sont plus que normales: elles sont inévitables – sauf incroyable alignement des planètes.

Pas forcément une question d’âge ou de sexe

Ces moments «sans» ne dépendent pas nécessairement de l’âge ou du sexe, encore moins des sentiments, comme le prouve une étude publiée en 2010 au Journal of Sex Research: même lors de notre supposé pic libidinal (18-24 ans), 17% des rapports sont pratiqués sans envie. Chez la population générale britannique (16-74 ans), 15% des hommes et 34% des femmes disent avoir déjà perdu tout intérêt pour la bagatelle (British Medical Journal, 2017). Consentir, sans désir? C’est banal. Et pourtant, sur la durée, ça peut faire mal. D’autant qu’aucune solution tout-terrain ne semble satisfaisante. Faut-il se refuser pendant des mois ou des années – au risque de lasser le/la partenaire? Ou bien se forcer «un peu» – au risque de se dégoûter? Deux ans après l’émergence du mouvement #MeToo, la question est redoutablement crispante. Côté face, le couple présuppose une sexualité. Côté pile, notre intégrité sexuelle n’est pas négociable. Les experts sont partagés.