«L’été a commencé tôt. J’ai passé trois semaines sur la côte Ouest américaine. Mon premier voyage hors d’Europe. Vancouver, Seattle, Portland, San Francisco. A chaque fois chez des amis. J’y ai acheté l’un de mes livres de l’été: l’autobiographie d’Alice B. Toklas, la compagne de Gertrude Stein. Je lis aussi Das war ich nicht de Kristof Magnusson, un ami qui a écrit un roman sous forme d’épisodes qui s’entrecroisent.Il pleut davantage que d’ordinaire pour la saison, mais aujourd’hui il fait chaud et lourd. Pas besoin de quitter Berlin en été, le climat est ensoleillé. Après le long hiver, tout le monde re-vit à l’extérieur. Trente minutes de transport public et on est dans la nature, au bord d’un des lacs qui entourent Berlin. Hier, j’ai passé la journée au Schlachtensee. Avec mon compagnon, nous avons posé pour un photographe américain.

Je travaille huit ou neuf heures par jour, puis je prends mon vélo et je vais faire un barbecue au bord du Landwehrkanal, ou boire des bières avec des amis, ou me promener. En juillet, il n’y a pas trop de touristes. La grosse vague arrive en août. On parle beaucoup des méfaits de la gentrification. Tant mieux que Berlin plaise, mais certains coins deviennent moins abordables et perdent leur charme.

Pour moi, cet été est un seuil. Mon contrat de chercheur s’achève. J’envoie des dossiers de candidature. J’ai postulé auprès d’un grand institut culturel. Si j’obtiens le poste, je déménage à Paris à la rentrée. Ma vie sentimentale devient aussi plus agitée. Avec mon compagnon, nous expérimentons l’amour à plus que deux. Nous avons rencontré des garçons intéressants. Des artistes. Je fréquente de nouveaux milieux. Je visite des ateliers. Une amie peintre a dessiné le motif abstrait du tatouage que je viens de réaliser. Je suis heureux, en pleine santé. Je ressors mes vieux jeans de la cave et je les coupe.»