A force de créer des niches, l'industrie automobile va finir par ressembler à une gigantesque SPA. Qu'est-ce qu'une niche, d'ailleurs? Un abri généralement de bois, où l'homme oblige son plus fidèle compagnon à coucher, lorsqu'il ne désire pas agrémenter ses soirées des effluves émanant du manteau bio de Médor. Mais essayez donc de glisser une main téméraire à l'intérieur de ladite niche, et la criante douleur qui risque de s'en suivre apportera une tout autre définition à l'objet: bas les pattes, ceci est une chasse gardée.

Revenons donc à nos moutons. Lorsqu'un constructeur automobile décide de créer sa niche, il ne fait rien d'autre que délimiter un peu plus son territoire afin de s'assurer une avance sur la concurrence. Sans le savoir, le fabricant suédois Volvo s'est arrogé une belle niche aux coins carrés dès les années 70, avec la sortie de ses breaks 145. Ils connurent un succès foudroyant sur les deux côtes américaines, et pas uniquement grâce à leur robustesse à toute épreuve et à leur sécurité visionnaire. La Volvo est la plus américaine des voitures européennes, avec ses cotes généreuses et, jadis, avec sa conception fort simple. Avec son nouveau break V70, Volvo ajoute du style et de la classe à un produit que le minivan n'a jamais réussi à supplanter. Volvo veut d'ailleurs faire croire aux consommateurs qu'il réinvente par la même occasion ce type de carrosserie, en sortant un véhicule qui n'est pas issu d'une berline mais qui fut conçu dès l'origine comme un break. Ses lignes s'inspirent pourtant largement de la grande limousine de la marque, la S80, avec son décrochage typique à la hauteur de la ligne de ceinture. La nouvelle V70 reprend cependant les moteurs à cinq cylindres turbocompressés qui ont fait leurs preuves sur les S, C et V70 précédents, soit pour l'instant deux groupes essence de 2,4 l., 170 CV et 2,3 l., turbo haute pression et 250 CV, ainsi qu'un moteur diesel 2,5 l. à injection directe fournissant 140 CV. Des moteurs atmosphériques moins puissants devraient suivre dans le courant de l'année. Bien que nous n'ayons pas pu conduire cette V70, il suffit de rappeler que ces moteurs offraient déjà une belle énergie et une sonorité enivrante sur les anciennes versions. On trépigne d'impatience...

Volvo suit ici un chemin dessiné il y a de nombreuses années et monte sur ce modèle une armada de subtilités techniques comme le système PremAir qui, tenez-vous bien, purifie l'air pollué de l'environnement dans lequel il s'ébroue. Le radiateur de la voiture est en effet revêtu d'une couche catalytique active qui «ingurgite» l'ozone à proximité du sol, là où elle est la plus concentrée, pour la rejeter en oxygène. D'autre part, les matières textiles à l'intérieur du break sont conformes à la norme EcoTex 100, un label qui signifie que ces revêtements ne comportent aucun résidu chimique dangereux. Il faut se rappeler qu'aux Etats-Unis, chacun se vante de posséder son allergie personnelle… Ensuite, tout le câblage électrique a été remplacé par le système multiplex, également adopté par Peugeot sur la nouvelle 607, qui réduit les centaines de fils électriques à deux lignes en boucle pour tous les éléments du véhicule, permettant à chacun de communiquer avec les autres. Au-delà d'un gain de poids et d'une simplification de l'architecture électrique, le système multiplex rend le diagnostic d'une panne enfantin et permet de renseigner le conducteur avec précision sur la moindre anomalie du système. Evidemment, la nouvelle V70 est encore plus sûre que la précédente, nous affirme Volvo, méritant mieux que jamais sa réputation de tank. Il est pourtant à craindre que le prix de ce beau break yuppie se rapprochera de celui de l'engin guerroyant susmentionné.

Pour finir, si cette V70 ne s'appelle pas V80 c'est peut-être pour ne pas froisser les propriétaires de la limousine S80, et le récent propriétaire de Volvo, Ford, promet, croit-on savoir, ne pas multiplier les croisements hybrides entre ses différentes marques et conserver ainsi le caractère très particulier de Volvo.