A la ménopause, la femme chute d’une montagne. Durant l’andropause, l’homme roule doucement au bas d’une colline. Le résultat est le même – et encore, le mâle reste potentiellement fertile jusqu’à sa mort –, mais la manière est radicalement différente. C’est que l’homme perd 1% de sa testostérone depuis ses 35-40 ans, tandis que la femme voit ses œstrogènes et sa progestérone baisser nettement en un temps court, de trois à cinq ans, autour des 50 ans. Une nouvelle fois, la nature est plus clémente avec les garçons… Ce qui est une chance et aussi une malédiction. Car lorsqu’ils sont concernés par des symptômes forts, comme, par exemple, la perte du désir sexuel, les hommes, moins informés, sont plus désemparés. Hormones de substitution, nouvelle manière de vivre sa sexualité? Chacun opte pour sa solution.

Le désir sexuel en berne

Alors que toutes les femmes traversent la ménopause, seulement 15 à 20% d’hommes sont touchés par le syndrome de déficience en testostérone lié à l’âge, c’est-à-dire une série de symptômes handicapants dus à cette baisse hormonale. Explications de Laurent Vaucher, urologue responsable de la consultation d’andrologie au CHUV. «Les hommes perdent donc 1% de leur testostérone, chaque année, depuis environ leurs 40 ans. Pour la plupart, cette baisse progressive n’entraîne aucun changement notable. Ce n’est qu’au bout du processus, vers 65-70 ans, que certains messieurs connaissent un désir sexuel moins vif, des somnolences après les repas, des insomnies durant la nuit, prennent du poids, voient leurs muscles et leur os s’affaiblir, etc. Cela dit, sans que l’on sache vraiment pourquoi, certains quadragénaires ou quinquagénaires vivent très mal cette baisse hormonale. Tous les symptômes que je viens d’énumérer arrivent brutalement et les obligent à consulter, car leur qualité de vie est touchée. Concrètement, la plupart des hommes qui viennent me trouver consultent pour une baisse du désir sexuel.»

L’impuissance n’est pas liée à la testostérone

Ah bon, le désir sexuel est touché avant la fonction érectile? «Attention, précise Laurent Vaucher. Les difficultés érectiles existent aussi, mais elles ne pas sont liées à la baisse de la testostérone. Elles sont dues à d’autres problèmes, comme une mauvaise circulation du sang, du diabète ou des tensions dans le couple. L’andropause atteint le désir, pas l’outil pour l’assouvir!» Traduction: quand un homme ne bande pas ou bande mou, ce n’est pas sa virilité qui est en cause, mais son état physique général et/ou psychologique. Bon à savoir.

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«De toute manière, l’andropause est compliquée, poursuit le spécialiste. Car aucun des symptômes cités plus haut n’est exclusif. Tous peuvent provenir d’autres déficiences.» D’où l’importance de tester la testostérone avant de donner des substituts hormonaux. «Oui, et même, les substituts hormonaux ne sont prescrits que lorsque il n’y a pas de risque de cancer de la prostate. Si la prostate présente une suspicion de cancer, le traitement n’est pas lancé», précise le médecin.

Le cerveau n’est pas touché

Comment cela se passe-t-il précisément dans le corps humain? «Les hommes ne sont pas égaux en testostérone, détaille Laurent Vaucher. La teneur s’échelonne entre 11 et 30 nanomoles par litre (nmol/l) dans le sang, sans que les différences n’entraînent de conséquences sur la virilité – pilosité, force physique, puissance sexuelle, etc. Par contre, cette valeur joue un rôle pour décider de l’administration d’hormones de substitution. On a pour règle de ne commencer un traitement que lorsque le taux de testostérone descend au-dessous de 8 nmol/l. Du coup, si le candidat était très doté au départ, il se peut qu’il ait encore un taux de testostérone dans la norme et ressentir tout de même des troubles liés à l’andropause, car c’est le différentiel qui fait foi.»

Ainsi, le seul test hormonal ne suffit pas. Les récits de vie complètent le diagnostic. Sur les forums de discussion, il est beaucoup question de coups de fatigue, de bouffées de chaleur, d’insomnies avec suées nocturnes, de baisses d’appétits, sexuel ou autre, bref, d’une vie un peu grise, ralentie. «Oui, il y a comme un blues lié à l’andropause. Par contre, la bonne nouvelle, qui est récente, c’est que les fonctions cognitives ne sont pas touchées. On a longtemps cru que l’homme andropausé pensait moins vite, ce n’est pas vrai.»

L’hormone agit dès le premier mois

Bonne nouvelle, en effet!… Et ensuite. Quelles sont les étapes du traitement? «Si la prostate ne présente aucune anomalie, on commence un traitement de substitution hormonal, dont on voit très vite les retombées. Après un mois déjà, les changements devraient être notables. Si ce n’est pas le cas, c’est que le traitement est inopérant et on le suspend. Lorsque la substitution fonctionne, je la prescris pendant une année durant laquelle le patient reprend confiance. Il se remet souvent au sport, réentame une vie sexuelle régulière et, au bout de cette année, son taux d’hormones a pu naturellement remonter.» Et sinon? «Soit la substitution en testostérone est poursuivie. Soit il existe une alternative appelée citrate de clomithène. Cette substance stimule les testicules à produire de la testostérone. Si on ne la donne pas en priorité, c’est que cette substance entraîne à long terme de l’ostéoporose. Bientôt, promettent les fabricants, le clomithène sera nettoyé de ces agents négatifs et cette solution présentera alors une alternative au substitut hormonal.»

Le médicament ou l’acceptation

On l’a compris, Laurent Vaucher est un partisan du traitement médicamenteux, car, «bien administré et régulièrement contrôlé, il peut changer la vie du patient». En face, d’autres voix préfèrent écouter ce que raconte le corps qui ralentit.

Comme le psychologue canadien Yvon Dallaire, spécialiste du couple. Pour lui, l’andropause constitue une chance, «une transition vers l’âge d’or». Un moment clé où l’homme peut soit se braquer et pleurer sa jeunesse perdue, soit profiter du fait que sa sexualité génitale devient moins tyrannique pour se consacrer à «de nouvelles missions éducatives, communautaires, écologiques et spirituelles», écrit-il sur le site psy.be.

Ces hommes qui ne veulent pas vieillir…

Selon Yvon Dallaire, si l’homme andropausé ne prend pas ses responsabilités, on court au chaos social. Ainsi, le psychologue va jusqu’à attribuer «le haut taux de suicide des hommes occidentaux de 18-25 ans au fait que les hommes mûrs font tout pour rester jeunes et refusent de céder leur place à la nouvelle génération». «Comment ces jeunes adultes peuvent-ils envisager leur vie s’ils doivent entrer en compétition avec leurs propres pères pour séduire les jeunes femmes de leur âge?» questionne le spécialiste.

Une nouvelle sexualité

Il conseille aux hommes dès 50 ans de développer une nouvelle sexualité en explorant des zones érogènes inédites, de nouvelles manières de stimuler leur plaisir. «Si les hommes connaissaient leur corps autant que la mécanique de leur automobile, ils vivraient probablement plus vieux et en meilleure santé», sourit Yvon Dallaire.

Parler pour se libérer

Dans tous les cas, soutient le psychologue, il faut parler. «C’est tellement masculin de souffrir en silence! Comme si parler, c’était admettre que le déclin fatal avait commencé. Voilà probablement la raison pour laquelle l’étude de l’andropause vient à peine de débuter. Et pourquoi beaucoup d’hommes se sentent si seuls durant cette période.» C’est vrai. Pour cet article, nous avons cherché des témoins locaux, de proximité. Les patients de Laurent Vaucher ont préféré ne pas s’exprimer.