Que devient une langue quand la guerre s’abat sur son territoire? Comment font les familles quand ce que vous parlez vous rattache d’emblée à un camp ou l’autre? «Le Temps» examine comment la langue, objet intime, est devenue un objet politique. Ou, parfois, la clé d'un apaisement.

Notre dossier: Langues en déchirure

Jake Mac Siacais nous prend notre carnet de notes des mains et commence à esquisser un croquis. «La prison était comme ça: plusieurs grandes cellules dans lesquelles on se trouvait; aux quatre coins, il y avait des miradors avec des soldats britanniques; encore autour, il y avait des barbelés, et au-delà s’étendait le reste de la prison, elle-même entourée de murs. On était une sorte de prison à l’intérieur de la prison et on s’organisait comme on voulait. On a donc décidé que ceux qui voulaient apprendre l’irlandais pourraient se réunir dans une même cellule. On parlait exclusivement cette langue entre nous. On avait voté pour interdire l’anglais.»